«Dordrecht, 8 octobre 1577[173].
»Monseigneur, j'ay receu le présent qu'il vous a pleu m'envoyer, de la part de la roine (d'Angleterre), que j'ay trouvé fort bien et joliment faict. Quant à la signification de la lésarde, d'aultant que l'on escript que sa propriété est, quand ugne personne dort et qu'un serpent la veut mordre, la lésarde la réveille, je pense que c'est à vous, monseigneur, à quy cella est attribué, quy esveillés les Estats, craignant quy ne soyent mordus. Dieu veuille, par sa grâce, que les puissiés bien garder du serpent!
»Nous avons vû, ce matin, monsieur et madame de Mérode, et sa fille, la marquise de Bergue, quy est belle et fort grande pour son âge, quy est de dix-sept ans. Je l'ay bien regardée, pour vous en dire, quand je vous voiré, ce qui m'en semble.—Ce 8 octobre, sur les onze heures devant diné.»
«Dordrecht, 10 octobre 1577[174].
»Monseigneur, j'ay esté bien contente de savoir par monsieur le conte de Hohenlohe comme vous estes en bonne santé, dont je loue Dieu, et desire qu'il luy plaise vous y maintenir, en sorte que je puisse avoir bientost cest heur de vous voir à Bréda, dont mondit sieur le conte m'a donné bonne espérance, et m'a dict, de vostre part, qu'il vous plaist que j'aille incontinent à Bréda; à quoy je ne feray faulte; et mesme monsieur vostre frère est en voullonté que nous allions ensemble, dont je suis fort aise, estimant que cela vous fera encores venir plus tost. Je ne pense pas que puissions plus promptement que lundi ou mardi prochain, à cause que, dimanche, messieurs de ceste ville ont prié au banquet monsieur vostre frère. Nous donnerons aussy ce loisir pour apprester les logis, et feray tout le mieux que je pourray, m'attendant à monsieur le conte de Hohenlohe pour la sécurité des chemins.
»Monseigneur, depuis vous avoir escript ceste après-disnée, j'ay pensé que j'avois oublié à savoir vostre voullonté comme je me dois conduire, pour l'exercice de la religion, à Bréda; sy fault se face qu'y secrétement, ou si j'en pourray user comme en ce lieu (Dordrecht). Et encores que j'espère bien, qu'à vostre venue, la chose pourra estre bien reiglée et quy n'y aura point de difficulté, sy ay-je voulu vous en escripre ce mot pour tant mieulx estre esclarcie de vostre intension, laquelle je sçay estre bonne; et en priant Dieu de la vouloir bénir, je le supplie vous donner en bien bonne santé, heureuse et longue vie.—Tous nos enfans font bonne chère et se portent bien, et se recommandent très humblement à vostre bonne grâce.»
«Bréda, 11 octobre 1577[175].
»Monseigneur, depuis la dépesche que je vous fis ier, je suis demeurée en paine, craignant que vous pensiés que je ne considère point assés les difficultés en quoy vous retrouvés à présent, et le travail et labeur que vous prenés à y remédier; mais je vous puis asseurer, monseigneur, que je n'ay aultre chose plus en l'esprit que cella, et que l'observacion de la pacification me rompt bien la teste; toutesfois j'espère, qu'à vostre venue, vous y pourés pourvoir, laquelle j'ay tant desirée en ce lieu, que, devant que d'y venir, je n'ay point eu d'aultre pensée. Mr. Taffin s'est retiré à Dordrecht, jusqu'à ce que je luy fasse entendre vostre voullonté. Quant à tout le reste, nous nous portons, grâce à Dieu, tous fort bien; et ay trouvé vostre maison en meilleur estat que je ne l'eûsse espéré. L'on travaille tant que l'on peut pour faire un toît et racoutrer le logis du boulever qui récompense, au plaisir de l'assiette, l'inégalité qu'il y a de la beauté de l'autre.»
«Bréda, 21 octobre 1577[176].