Parvenu promptement à la connaissance de Charlotte de Bourbon, ce même langage fit vibrer son cœur de Française et de compagne du prince en qui se personnifiait le sincère ami de la France et le constant protecteur des Pays-Bas.

Un Français, non moins recommandable par ses nobles qualités que Lanoue, arriva à Anvers, en 1578, à peu près en même temps que lui, et eut aussi, avec le prince et la princesse d'Orange, d'intimes entretiens. Ce second compatriote de Charlotte de Bourbon était Duplessis-Mornay. Connaissant à fond, depuis plusieurs années, les affaires des Pays-Bas, il avait été appelé par Guillaume de Nassau et par les états généraux pour remplir une mission de pacification dans l'une des provinces qui était alors plus agitée que les autres: il était chargé «de se pourmener par la province de Flandres, où il avoit jà acquis des amis[191]»; on espérait que ses conseils exerceraient sur les esprits troublés une salutaire influence.

La princesse, en s'entretenant avec Mornay, mit une grâce délicate à lui faire sentir qu'elle aimait à rencontrer en lui, non seulement l'homme d'État au mérite duquel elle rendait pleinement hommage, mais aussi et surtout l'homme de cœur qui avait donné de nombreuses preuves de dévouement au duc et à la duchesse de Bouillon. Elle le convainquit, en outre, qu'à titre de sœur tendrement attachée à la duchesse, elle était profondément touchée de l'affectueuse sympathie et de la vive sollicitude dont Françoise de Bourbon, dans son douloureux veuvage, avait été entourée par Mme de Mornay.

La réciprocité d'égards, qui avait toujours existé entre le prince et les états généraux, se manifesta, en 1578, dans une circonstance particulière dont il importe de dire ici quelques mots.

Charlotte de Bourbon avait, le 31 juillet, donné le jour à une troisième fille, lorsqu'en septembre s'agita la question du baptême de cet enfant, Guillaume en informa les états généraux. Le recueil officiel de leurs résolutions nous fait connaître[192], dans les termes suivants, la communication du prince, et celles de ces résolutions qu'elle motiva:

«Séance du 9 septembre 1578.—Le seigneur prince d'Oranges déclare comme il auroit pleu à Dieu luy envoyer une fille, laquelle il vouldroyt faire baptiser selon sa religion, de laquelle comme le libre exercice est permis en ceste ville, Son Excellence désire jouyr dudict exercice: ce que toutesfois elle n'a voulu faire, sans, au préalable, en advertir les estats.»

«Séance du 12 septembre 1578.—Sur la proposition que Son Excellence a faicte touchant le baptesme de son enffant, les estats de Brabant, Gueldres, Flandres, Hollande, Zeelande, Utrecht, Malines et Frize se sont référez à la discrétion de Son Excellence et luy offrent tout humble service et assistance audict baptesme. Mais ceulx d'Arthoys, Hainault, Lille, Douai, Orchies et Tournésis ont déclaré qu'ils ne sont authorisez; mesmes que leur est par exprès deffendu de toucher le faict de la religion, et que, partant, ilz ne peuvent porter quelque consentement au faict dudit baptesme. Tournay estoit absent. Pour de quoy faire rapport à Son Excellence, sont députez les sieurs d'Oirschot, Caron et Greffier de Brabant, laquelle depuis est venue remercyer lesditz estats de leur bonne affection.»

«Séance du 20 septembre 1578.—Pour assister au baptesme de la fille de monseigneur le prince d'Oranges, sont nommez les sieurs de Saventhem, Leefdale, Utenhove, de Bie, et le docteur Aisma. Gueldres, Tournay, Tournésis et Valenciennes absens.»

«Séance du 21 septembre 1578.—Le maistre d'hostel du seigneur prince d'Oranges, avec le secrétaire Brunynck, a requis les estatz de dénommer aulcuns pour assister au baptesme de la fille de Son Excellence, après midy, entre troys et quatre heures, convyant tous ceulx de l'assemblée au souper.—Quant à la dénomination y est satisfaict.—Pour faire un présent à la fille dudit seigneur prince, résolu par pluralité de voix, de suyvre l'avis de ceulx de Brabant, qui sera mis par escript...—résolu de donner la somme de troys cents florins à la sage-dame, nourrice et aultres filles et femmes de chambre de la femme et fille dudict prince...—après midy, la fille du prince d'Oranges fut baptisée à la nouvelle religion.»

De son côté, le Mémoire sur les nativités des demoiselles de Nassau porte: «Jeudi, le dernier jour de juillet, l'an 1578, une heure après midy, Madame accoucha, en la ville d'Anvers, de sa troisième fille, qui fut baptisée au temple du chasteau de ladite ville, le 21 de septembre en suyvant, et nommée Catharina-Belgia par madame la comtesse de Schwarzbourg, sœur de mondit seigneur le prince; mademoyselle d'Oranges sa fille, monsieur de Clervant, au nom de monseigneur le duc Jehan-Casimir, et messieurs les estats de toutes les provinces unies des Pays-Bas, comme tesmoings à ce requis, lesquelz dictz estatz généraulx luy ont donné et assigné une rente héritière de trois mille francs par an sur le comté de Lenghen, comme il appert par les lettres sur ce despeschées.»