«Madame, s'en retournant le sieur de Revert trouver Vos Majestés, j'ay esté bien aise d'avoir si bonne commodité de me ramentavoir en l'honneur de vos bonnes grâces et vous supplier très humblement, madame, qu'il vous plaise me tant honorer que de me vouloir tousjours tenir au nombre de vos très humbles servantes et de me commander ce que Vostre Majesté me trouvera capable de luy faire très humble service; qui sera tousjours, oultre mon debvoir, de bien grande affection, de laquelle je baise très humblement les mains à Vostre Majesté, et supplie Dieu la conserver, Madame, en très bonne santé, très heureuse et longue vie.

»De Vostre Majesté, très humble et très obéissante subjecte et servante.

»Charlotte de Bourbon.
»A Anvers, ce 1er de février 1580.»

Trois mois plus tard, la princesse d'Orange, vis-à-vis de laquelle le service des finances royales était en retard d'acquitter une somme due, appelait sur ce point l'attention du souverain en ces termes, empreints d'une réelle modération[217]:

«Sire, s'en retournant le sieur de Russy à Oranges, pour mettre ordre aux mouvemens y survenuz, au mieux que faire se pourra, je luy ay donné charge de vous porter ceste lettre, par laquelle je supplie très humblement Vostre Majesté d'avoir égard à la pension qu'il luy a pleu m'ordonner; pour commander que j'en sois dressée, si ce n'est du tout, au moins de quelque partie, suyvant les promesses qu'il a pleu à Vostre Majesté, par diverses fois, m'en faire. Sur ce, je prie Dieu la conserver, sire, très longuement en très heureuse et très parfaite santé. D'Anvers, ce 10 mai 1580.

»De Vostre Majesté, très humble et très obéissante subjecte et servante.

»Charlotte de Bourbon.»

Vers la même époque, la princesse, en mère prévoyante, activait, en s'adressant au receveur général de Hollande, à Dordrecht, le recouvrement d'une somme à laquelle sa fille Élisabeth de Nassau avait droit. «Monsieur Muys, écrivait-elle[218], comme je pensois envoyer devers vous, pour la rente de ma fille Élizabeth, j'ay receu vostre responce sur la lettre que, passé quelques jours, je vous avois escritte pour cest effect, par laquelle vous me mandiés que l'argent ne pourroit estre prest qu'à l'expiration de ce moys; qui m'a faict retarder le voïage jusques à présent, que la nécessité en laquelle nous sommes d'argent me contraint de vous importuner, vous priant de m'en excuser et m'envoïer l'argent par ce porteur, qui vous en donnera mon récépissé; vous asseurant au reste, monsieur Muys, si pardeça il y a chose où je puisse m'emploïer pour vous, que je me revencheray de tant de bons offices que vous me faictes, etc., etc.»

La correspondance de la princesse, dans le cours de l'année 1580, offre des traces particulièrement intéressantes de ses intimes relations de famille et d'amitié.

Dans une lettre d'elle à François de Bourbon, datée d'Anvers, 27 février, se trouve ce passage[219]: «Ayant entendu comme depuis quelque temps vous estes arrivé à Paris, j'ai esté bien fort aise pour l'espérance que cela me donne, qu'estant plus près de ces païs, nous aurons cest heur d'entendre plus souvent de vos nouvelles, et meilleur moyen de vous accommoder des nostres. C'est un des plus grands heurs qui me puisse advenir, que d'entendre que vostre santé est bonne, et pareillement à monsieur le prince, vostre frère, qui est depuis quelques jours vers son gouvernement de Hollande, où les affaires sont en assez bon estat, grâces à Dieu.»