Que n'avait-elle aussi auprès d'elle, à Anvers, la duchesse de Bouillon et ses trois enfants! sa satisfaction s'en fût singulièrement accrue; mais des devoirs impérieux retenaient alors au loin cette sœur à laquelle elle était, ainsi qu'à ses enfants, si tendrement attachée.

A la même époque, le comte de Leicester profita de son séjour à Anvers, quelque court qu'il fût d'ailleurs, pour entretenir avec le prince et la princesse d'Orange des relations directes, ajoutant un nouveau prix à celles qui, jusqu'alors, n'avaient été effleurées que par voie de correspondance.

En voyant les enfants de la princesse, le comte avait fait preuve d'une bienveillance particulière pour Elisabeth, filleule de la reine d'Angleterre, circonstance que bientôt Charlotte de Bourbon eut occasion de relever avec une délicatesse toute maternelle, dans sa correspondance avec Leicester.

Deux lettres, l'une du prince, l'autre de la princesse, adressées à ce haut personnage peu après qu'il les eut quittés, témoignent de la consolidation réelle de leurs relations avec lui.

Guillaume de Nassau écrivait au comte le 5 mars 1582[280].

«Monsieur, nous sommes encore en l'estat, en ce païs, que vous nous y avez laissez, et j'espère que les affaires s'y conduiront tellement, que ce sera au service et contentement de Sa Majesté et de Son Alteze; à quoy j'acheveray de m'emploïer de toute ma puissance, suyvant le commandement qu'il a pleu à Sa Majesté me faire. J'espère, Monsieur, que vous serez arrivé en bonne prospérité en Angleterre; ce que je désire qu'il vous plaise me faire cet honneur de me donner à entendre par voz lettres, comme aussy je vous suplye m'entretenir, en ce pays, en la bonne grâce de Sa Majesté. Quant à vous, Monsieur, je suis bien aise d'avoir eu cette faveur d'avoir l'accomplissement de votre connoissance, que j'avois commencé de sentir par voz lettres, et me sens tellement vostre obligé, pour l'amitié et honnesteté qu'il vous a pleu me démontrer, que je m'estimeray heureux si je puis avoir l'occasion de faire chose qui soit agréable pour votre service, et vous supplye, Monsieur, de bon cœur, de m'y vouloir employer, etc., etc.

»Vostre bien humble serviteur et amy,
»Guillaume de Nassau.»

On venait d'apprendre, à Anvers, l'heureuse arrivée de Leicester en Angleterre, après une traversée dangereuse, lorsque Charlotte de Bourbon lui adressa le 9 mars, la lettre suivante[281]:

«Monsieur, encore que je me soie depuis longtemps resentie obligée à vous faire service, pour tant de faveurs et bons offices qu'il vous a tousjours pleu me départir, si est-ce que, depuis avoir cest heur et bien de vous veoir je me suis trouvée redevable de nouvelles et très grandes obligations pour tout l'honneur et amitié que vous avez fait paraître à ma petite-fille et à moy, dont je ne perdray jamais la mémoire; et desireroys infiniment, Monsieur, que Dieu me fîst la grâce de me pouvoir emploïer en chose qui vous fûst agréable; vous suppliant très humblement de croire que ma volonté y est bien dédiée, attendant les occasions de vous le pouvoir témoigner par quelque bon service. Au reste, Monsieur, je vous asseureray que j'ay loué Dieu de ce qu'il luy a pleu, en vous préservant du danger auquel vous avez esté, vous reconduire auprès de Sa Majesté, en bonne disposition; ce qui nous a tous fort resjouis, pour la crainte en laquelle nous avons esté jusques à ce qu'en aïons receu assurées nouvelles, lesquelles ne peuvent estre meilleures que je le désire; me recommandant sur ce, bien humblement, à vostre bonne grâce, et priant Dieu vous donner, Monsieur, en bien bonne santé, heureuse et longue vie. D'Anvers, ce 9 de mars 1582.

»Monsieur, je vous supplie de me permettre de faire mes très affectionnées recommandations à monsieur de Sidney vostre cousin[282].