Trois postes dépendent du gouvernement de Banda Ouriën, où est un teneur de livres; Wayer, où réside un sous-marchand; et l’île Pulo Ry en Rhun, voisine de Banda, couverte aussi de muscades. C’est un grand marchand qui y commande. Il y a sur cette île un fort; il n’y peut mouiller que des sloops, encore sont-ils sur un banc qui défend les approches du fort. Il faudrait même le canonner à la voile, car tout attenant le banc il n’y a plus de fond. Au reste, il n’y a point d’eau douce sur l’île, la garnison est obligée de la faire venir de Banda. Je crois que l’île Arrow est aussi dans le district de ce gouvernement. Il y a dessus un comptoir avec un sergent et quinze hommes, et la Compagnie en retire des perles. Il n’en est pas ainsi de Timor et Solor, qui bien qu’elles en soient voisines, ressortissent directement de Batavia. Ces îles fournissent du bois de santal. Il est assez singulier que les Portugais aient conservé un poste à Timor, et plus singulier encore qu’ils n’en tirent pas un grand parti.
Ternate a quatre comptoirs principaux dans sa dépendance; savoir, Gorontalo, Manado, Limbotto et Xullabessie. Les résidents des deux premiers ont le grade de sous-marchands; les seconds ne sont que teneurs de livres. Il en dépend en outre plusieurs petits postes commandés par des sergents. Deux cent cinquante hommes sont répartis dans le gouvernement de Ternate, aux ordres d’un capitaine, un lieutenant, neuf enseignes et un officier d’artillerie.
Le gouvernement de Macassar, sur l’île Célèbes, lequel est occupé par un edel-heer, a dans son département quatre comptoirs: Boelacomba en Bonthain et Bima, où résident deux sous-marchands; Saleyer et Maros, dont les résidents ne sont que teneurs de livres.
Macassar ou Jonpandam est la plus forte place des Moluques; toutefois les naturels du pays y resserrent soigneusement les Hollandais dans les limites de leur poste. La garnison y est composée de trois cents hommes, que commandent un capitaine en premier, un capitaine en second, deux lieutenants et sept enseignes.
Il y a aussi un officier d’artillerie. On ne trouve pas d’épiceries dans le district de ce gouvernement, à moins qu’il ne soit vrai que Button en produit, ce que je n’ai pu vérifier. L’objet de son établissement a été de s’assurer d’un passage qui est une des clefs des Moluques, et d’ouvrir avec Célèbes et Bornéo un commerce avantageux. Ces deux grandes îles fournissent aux Hollandais de l’or, de la soie, du coton, des bois précieux, et même des diamants, en échange pour du fer, des draps et d’autres marchandises de l’Europe ou de l’Inde.
Ce détail des différents postes occupés par les Hollandais dans les Moluques est à peu de chose près exact.
La police qu’ils y ont établie fait honneur aux lumières de ceux qui étaient alors à la tête de la Compagnie.
Lorsqu’ils en eurent chassé les Espagnols et les Portugais, succès qui avaient été le fruit des combinaisons les plus éclairées, du courage et de la patience, ils sentirent bien que ce n’était pas assez, pour rendre le commerce des épiceries exclusif, d’avoir éloigné des Moluques tous les Européens. Le grand nombre de ces îles en rendait la garde presque impossible, il ne l’était pas moins d’empêcher un commerce de contrebande des insulaires avec la Chine, les Philippines, Macassar et tous les vaisseaux interlopes qui voudraient le tenter. La Compagnie avait encore plus à craindre qu’on n’enlevât des plants d’arbres et qu’on ne parvînt à les faire réussir ailleurs. Elle prit donc le parti de détruire, autant qu’il serait possible, les arbres d’épiceries dans toutes ces îles, en ne les laissant subsister que sur quelques-unes qui fussent petites et faciles à garder; alors tout se trouvait réduit à bien fortifier ces dépôts précieux. Il fallut soudoyer les souverains, dont cette denrée faisait le revenu, pour les engager à consentir à ce qu’on en anéantît ainsi la source. Tel est le subside annuel de vingt mille risdales que la Compagnie hollandaise paie au roi de Ternate et à quelques autres princes des Moluques. Lorsqu’elle n’a pu déterminer quelqu’un de ces souverains à permettre que l’on brûlât ses plants, elle les brûlait malgré eux, si elle était la plus forte, ou bien elle leur achetait annuellement les feuilles des arbres encore vertes, sachant bien qu’après trois ans de ce dépouillement les arbres périraient; ce qu’ignorent sans doute les Indiens.
Par ce moyen, tandis que la cannelle ne se récolte que sur Ceylan, les îles Banda ont été seules consacrées à la culture de la muscade; Amboine et Uleaster, qui y touchent, à la culture du girofle, sans qu’il soit permis d’avoir du girofle à Banda, ni de la muscade à Amboine. Ces dépôts en fournissent au-delà de la consommation du monde entier. Les autres postes des Hollandais dans les Moluques ont pour objet d’empêcher les autres nations de s’y établir, de faire des recherches continuelles pour découvrir et brûler les arbres d’épiceries et de fournir à la subsistance des seules îles où on les cultive. Au reste, tous les ingénieurs et marins employés dans cette partie sont obligés, en sortant d’emploi, de remettre leurs cartes et plans, et de prêter serment qu’ils n’en conservent aucun. Il n’y a pas longtemps qu’un habitant de Batavia a été fouetté, marqué et relégué sur une île presque déserte, pour avoir montré à un Anglais un plan des Moluques.
La récolte des épiceries se commence en décembre, et les vaisseaux destinés à s’en charger arrivent dans le courant de janvier à Amboine et Banda, d’où ils repartent pour Batavia en avril et mai. Il va aussi tous les ans deux vaisseaux à Ternate, dont les voyages suivent de même la loi des moussons. De plus, il y a quelques sénaus de douze ou quatorze canons destinés à croiser dans ces parages.