Une mère auguste et chérie.

On ne pouvait mieux rappeler le souvenir de la bienfaisance de Madame Elisabeth[ [A].

Cette romance, qui avait le plaisir de sa petite Cour, Madame Elisabeth devait l'entendre à un moment où elle ne s'y attendait guère. C'était dans les premiers jours d'août 1792... De son petit appartement du pavillon de Flore, Madame Elisabeth un matin, entendit sous ses croisées fredonner l'air du Pauvre Jacques. Elle écouta, attirée par ce refrain qui évoquait de douces ressouvenances, entrebâilla sa fenêtre, écouta encore. C'était bien l'air, ce n'était pas la romance de Mme de Travanet qu'elle entendait, mais les couplets royalistes des Apôtres. Au Pauvre Jacques on avait substitué le pauvre Peuple: on le plaignait de n'avoir plus de roi et de ne plus connaître la misère...

[A] Mémoires de la baronne d'Oberkirch;—A. de Beauchesne, Vie de Madame Elisabeth;—Comte Ferrand, Eloge de Madame Elisabeth;—Feuillet de Conches, Correspondance de Madame Elisabeth;—Leroi, Histoire de Versailles, rue par rue.

[222] Voir Beauchesne, ouvrage cité, et comtesse d'Armaillé, Madame Elisabeth.

[223] L'autre grande amie de Madame Elisabeth, Mlle de Causans, appelée comtesse de Vincens, eut également part à sa bonté tendre. Quand elle la maria au marquis de Raigecourt en 1784, la jeune princesse alla trouver la Reine: «Promettez-moi, lui dit-elle, de m'accorder ce que je vais vous demander.—Avant de rien promettre, j'aimerais savoir ce que vous voulez, répond la Reine en souriant.—Commencez par promettre.—Non, dites d'abord.»—Après un débat de quelques minutes, plein d'amabilité et d'enjouement: «Eh bien, dit la princesse, voici: un parti se présente pour Causans; afin de lui faciliter le mariage, je voudrais lui faire une dot de cinquante mille écus. Le Roi me donne tous les ans trente mille livres d'étrennes; obtenez qu'il m'en avance cinq années.—La Reine promit, le roi donna; le mariage fut conclu, et pendant cinq années, tandis que chacun des princes et princesses recevait ses étrennes, Madame Elisabeth, qui n'avait rien à recevoir, s'écriait gaiement: «Moi, je n'ai rien, mais j'ai ma Raigecourt». (Comte Ferrand, Eloge de Madame Elisabeth.)

Mme de Raigecourt était intimement liée avec Mme de Bombelles, qui, un peu plus âgée, conseillait et protégeait son amie. Nous les verrons, aux jours d'émigration, correspondre régulièrement.

[224] Voir Geffroy, Gustave III et la Cour de France, Mémoires de la baronne d'Oberkirch, etc.

[225] Hippeau, Gouvernement de la Normandie, t. IV.

[226] Ségur, t. II;—Correspondance de Métra, XIV, 144;—Comte Beugnot, Mémoires, t. I;—Mémoires de Malouet, I.—Voir aussi F. Roquain, l'Esprit révolutionnaire avant la Révolution, 1878.