«Le public le plus favorablement disposé en faveur du Parlement a trouvé qu'il avait infiniment outrepassé les bornes de son devoir.»
Le soir, Bombelles a soupé chez Mme de Roquefeuille. Là est venu le président de Rosambo[ [60]; il est du petit nombre des membres du Parlement qui sont affligés de la démence de leurs confrères... La bonté avec laquelle le Roi a parlé aujourd'hui au premier Président envoyé devers Sa Majesté doit apaiser l'effervescence des têtes; mais la faiblesse du Gouvernement donne furieusement de prise à tout ce qui se fait et se fera contre notre souverain.
Le lendemain le marquis conte cette anecdote qui semble avoir échappé aux nouvellistes, du moins dans la forme que lui donne Bombelles.
«Nos plus lestes fureteurs de cour ne parviennent pas à deviner tout ce qui se passe dans l'intérieur de la nôtre. Aujourd'hui, le Roi étant à la chasse y a reçu un paquet de lettres. Il s'est enfoncé dans un taillis pour les lire, et bientôt on l'a vu assis par terre ayant son visage dans ses mains et ses mains appuyées sur ses genoux; ses écuyers et d'autres personnes l'ayant entendu sangloter ont été chercher M. de Lambesq[ [61]; celui-ci s'est approché, le roi lui a dit brusquement de se retirer. Il a insisté; alors le Roi, lui montrant un visage baigné de larmes, lui a répété, mais d'un ton plein de bonté: «Laissez-moi.» Peu de temps après, Sa Majesté, pour remonter à cheval, a eu besoin qu'on l'y portât en quelque sorte; elle s'y est trouvée mal. On lui a amené une chaise où elle s'est trouvée mal une seconde fois; enfin elle est revenue à Versailles ayant repris ses sens.
«Cette aventure est tenue secrète, mais ce secret sera mal gardé, avec tant de personnes dans la confidence. Les motifs que l'on donne à la peine du Roi sont à ranger dans la classe d'une foule d'autres bruits populaires qui ne méritent aucune créance. Je rapporte un fait, un fait affligeant, mais j'en ignore complètement la cause.»
Libelles, calomnies, vilenies répandues sur la Reine et sur lui-même, menaces ou outrage, rien ne manquait qui ne pût motiver les larmes du Roi... Et pendant que peu à peu s'effritait la monarchie de plus en plus chancelante, la santé du Dauphin donnait de très grandes inquiétudes.
CHAPITRE III
Intrigues de l'abbé de Vermond contre la duchesse de Polignac.—L'Assemblée des Notables projetée.—Soirée chez Mme de Polignac.—Bombelles chante devant la Reine.—Le duc de Fronsac.—Madame Élisabeth déjeûne chez les Bombelles.—Impatience du diplomate qui réclame une ambassade.—Chasses de Madame Élisabeth.—Bombelles en courses perpétuelles.—Comédie chez la duchesse de Mortemart.—Mort du maréchal de Biron.—Les Notables.—M. Necker.—Concert chez la comtesse d'Artois.—Le duc d'Orléans.—Le duc du Châtelet, colonel des Gardes françaises.—Le Code national de Bergasse.—Lettre du prince de Conti.—La brochure de d'Éprémesnil.—Mémoire des princes.—Considérations de Bombelles.—Réception de Boufflers à l'Académie française.—Fin de l'année 1788.