Cette paix fit cesser les ravages que Zéno faisait depuis quelque temps sur la côte de Ligurie; mais elle fut sur le point d'être rompue par l'obstination du gouverneur vénitien de Ténédos, qui, ne pouvant se persuader que la république eût réellement et sincèrement renoncé à la possession de cette île, refusa opiniâtrement de la remettre aux commissaires du comte de Savoie. Il fallut le menacer, le traiter comme un rebelle, mettre sa tête à prix, faire marcher une armée pour le réduire, l'assiéger en forme, et finir par capituler avec lui. On lui rendit tous ses biens, on l'indemnisa de toutes ses pertes. On assigna dans Candie des maisons et des terres aux habitants de Ténédos qui voulurent s'y transporter; on paya aux autres la valeur des biens qu'ils abandonnaient, pour aller s'établir, soit à Constantinople, soit ailleurs[55]. Cette île de Ténédos était fatale aux Vénitiens; il leur en coûta plus pour la rendre, qu'il ne leur en avait coûté pour s'en emparer.
Le gouvernement avait à acquitter sa dette envers les citoyens qui s'étaient montrés les plus dévoués à la république pendant ses dangers.
XXIX. Trente citoyens admis au patriciat. Trente chefs de famille furent admis au grand-conseil. Comme il n'est pas de source plus pure d'où la noblesse puisse descendre, je vais citer ces noms; quelques-uns sont devenus illustres.
À la tête des trente citoyens élevés au patriciat, on plaça Jacques Cavalli, ce général véronais qui, pendant le siége de Chiozza, avait commandé les troupes de terre. Les autres étaient:
- Marc Storlado, artisan.
- Paul Trivisan, citadin.
- Jean Garzoni.
- Jacques Candolmière, marchand.
- Marc Urso, artisan.
- François Girardo, citadin.
- Marc Cicogna, apothicaire.
- Antoine Arduino, marchand de vin.
- Raffain de Carresini, grand-chancelier.
- Marc Paschaligo, citadin.
- Nicolas Paulo.
- Pierre Zacharie, épicier.
- Jacques Trivisan, citadin.
- Nicolas Longo, artisan.
- Jean Negro, épicier.
- André Vendramini, banquier.
- Jean Arduino.
- Nicolas Tagliapietra, artisan.
- Jacques Pizzamani, noble candiote.
- Nicolas Garzoni.
- Pierre Penzino, artisan.
- Georges Calerge, noble de Candie.
- Nicolas Reynier, artisan.
- Barthélemi Paruta, marchand pelletier.
- Louis de Fornace.
- Pierre Lippomano, citadin.
- Donato di Porto, artisan.
- Paul Nani, épicier.
- François di Mezzo, artisan.
- André Zusto[56], citadin.
Dès qu'on eut fait cette promotion de patriciens, il y eut deux sortes de nobles à Venise. Tout ce qui était antérieur à ce décret, voulut former une classe à part; cependant on distingua toujours parmi ceux-ci les familles qui remontaient, de l'aveu de tout le monde, jusqu'au berceau de la république, et on les désigna sous le nom de familles tribunitiennes.
Michel Morosini doge. 1382. Le 5 juin 1382, Venise perdit André Contarini, qui succomba, épuisé par l'âge et par les fatigues d'une longue campagne de mer, dont il avait partagé tous les périls. Il fut le premier doge dont on prononça l'oraison funèbre. Contarini, Pisani, et Zéno, avaient eu le bonheur, dans les grandes calamités de leur patrie, de mériter son éternelle reconnaissance. Zéno seul survivait à cette guerre désastreuse. Lorsqu'il fut question de donner un successeur à Contarini, la voix publique désigna Zéno. Ce nom était répété, invoqué par le peuple et par l'armée; le conclave des électeurs du doge se forma. Deux candidats furent présentés: l'un était Zéno, l'autre ce Michel Morosini qui pendant la guerre avait triplé sa fortune par ses spéculations. Les suffrages des électeurs se réunirent sur celui-ci; il fut proclamé doge le 10 juin 1382, et ne régna que quatre mois.
Carte des lagunes au Moyen-Âge.