Voici quel était à cette époque l'état des finances de la république[117].
| RECETTES. | À DÉFALQUER. | PRODUIT NET. | ||||
| ducats. | ducats. | ducats. | ||||
| Le Frioul rendait | 7,500 | 6,330 | 1,170 | |||
| Trévise et le Trévisan | 40,000 | 10,100 | 29,900 | |||
| Padoue et le Padouan | 65,500 | 14,000 | 51,500 | |||
| Vicence et le Vicentin | 34,500 | 7,600 | 26,900 | |||
| Vérone et le Véronais | 52,500 | 18,000 | 34,500 | |||
| Venise | 150,000 | 698,500 | 99,780 | 598,720 | ||
| L'office du sel | 165,000 | |||||
| Les 8 offices qui versaient à la caisse des emprunts | 233,500 | |||||
| Profits de la chambre des emprunts | 150,000 | |||||
| Terres maritimes | 180,000 | « | 180,000 | |||
| Autres recettes extraordinaires, décime sur les maisons et biens dans le dogado | 25,000 | 6,000 | 19,000 | |||
| Bénéfice des prêts au comptant | 15,000 | 7,500 | 7,500 | |||
| Possessions au-dehors, et maisons d'habitation | 5,000 | « | 5,000 | |||
| Le clergé, à raison de ses revenus | 22,000 | 2,000 | 20,000 | |||
| Les Juifs trafiquant sur mer, à 2 déc. | 600 | « | 600 | |||
| Les Juifs trafiquant sur terre | 1,500 | « | 1,500 | |||
| Décimes du commerce | 16,000 | 6,000 | 10,000 | |||
| Nolis ou frêt | 6,000 | 4,000 | 2,000 | |||
| Change | 20,000 | 12,000 | 8,000 | |||
| 1,189,600 | 193,310 | 996,290 | ||||
LIVRE XIII.
Délibération sur la guerre proposée par les Florentins contre le duc de Milan.—Mort du doge Thomas Moncenigo 1420-1423.—Acquisition et perte de Salonique.—Déclaration de guerre contre le duc de Milan.—Siége de Brescia.—Victoires de François Carmagnole.—Traité de paix par lequel la république acquiert Brescia, 1423-1426.
Les Florentins veulent engager la république à se liguer avec eux contre le duc de Milan. 1421. Le résultat de la guerre que le roi de Hongrie avait faite aux Vénitiens, était l'agrandissement de la république. Le patriarche d'Aquilée en avait fait les frais. La conquête du Frioul rendait contiguës les possessions de la seigneurie au nord du golfe, et par conséquent en facilitait les communications et la défense. Elle procurait l'occupation des défilés depuis l'embouchure du Tagliamento et du Lisonzo jusqu'à leurs sources, c'est-à-dire jusqu'aux hautes montagnes qui séparent l'Allemagne de cette partie de l'Italie. Maîtresse de ces passages, rassurée contre l'inimitié du roi de Hongrie, par les affaires qu'il avait ailleurs, la république était libre désormais de donner une attention plus sérieuse aux progrès du duc de Milan et d'y mettre obstacle.
Elle en fut vivement sollicitée. Des ambassadeurs Florentins vinrent exposer au sénat de Venise les dangers que l'ambition de Philippe-Marie Visconti faisait courir aux deux républiques, et à toute l'Italie septentrionale. Ils formaient contre ce prince une ligue déjà nombreuse et qui pouvait être très-puissante, si les Vénitiens voulaient y prendre part.
L'historien Sanuto, qui écrivait quelque cinquante ans après et qui, par son rang comme par la proximité des temps, était à portée d'être bien informé, nous a transmis[118] les discours qui furent prononcés dans le conseil par le doge pour faire décider si on entrerait, ou non, dans la ligue des Florentins contre le duc de Milan. Il assure qu'ils ne sont que la copie du manuscrit communiqué par Moncenigo lui-même. Quand des documents de cette nature ont une pareille authenticité, ils sont précieux à conserver parce qu'ils donnent une idée exacte du temps et des hommes.
Je vais laisser parler le grave personnage qui eut la plus grande part à cette délibération. Je me borne à traduire les harangues en les abrégeant quelquefois.
On avait exposé que les troupes du duc de Milan étaient aux portes de Florence, qu'après que cette république aurait succombé, les autres états seraient envahis, et qu'alors Venise se verrait obligée d'opposer seule à un puissant adversaire une résistance pour laquelle, dans ce moment, on ne lui demandait que sa coopération.
II. Discours du doge Thomas Moncenigo, sur les causes de la rupture des Florentins avec le duc de Milan. «Illustrissimes seigneurs, dit le doge, on n'ignore point l'origine des démêlés qui divisent Florence et le seigneur de Milan. Je crois cependant devoir vous la retracer en peu de mots. Le duc, mort en 1402, laissa deux fils encore enfants. Pendant cette minorité, Gabrino Fondolo se fit seigneur de Crémone, Pierre-Marie de Rossi s'empara de Parme, Pandolphe Malatesta se rendit maître de Brescia, Jacques Dal Verme et beaucoup d'autres se mirent en possession de ce qui se trouva à leur convenance. Les Florentins marchèrent sur Pise, qu'occupait un fils naturel de l'ancien duc. Ils favorisèrent les usurpations de tous ces seigneurs, et en moins d'un an l'état considérable que Visconti avait laissé à ses fils fut réduit à rien. Ces enfants se trouvèrent dépendre d'officiers qui avaient été naguère leurs sujets. La justice de Dieu permit cette révolution, parce que leur père avait acquis injustement une grande partie de ces vastes domaines. Philippe-Marie Visconti épousa la fille de son tuteur, et, au moyen des richesses, des soldats, que lui procura cette alliance, aidé sur-tout des talents de François Carmagnole, qu'il avait mis à la tête de ses troupes, il recouvra la majeure partie de l'héritage de ses pères. Alors, c'était en 1412, les Florentins lui envoyèrent une ambassade, pour lui exprimer toute la joie qu'ils feignaient d'avoir de ses succès, et lui proposer un traité. Il fut convenu que ni eux ni lui ne porteraient leurs armes au-delà du Tronto ni du Rubicon.