Ce fut alors que, de son poignard, Luca aurait fixé sur le bois la main qui l’avait souffleté. Suivant une autre version, Bonaparte, après avoir blessé mortellement Giovan-Antonio, l’aurait soulevé par les bras et aurait exécuté froidement ses terribles représailles. Mais, de tout ceci, on ne saurait rien affirmer ; si une partie de cette chronique légendaire repose ponctuellement sur des documents, l’autre ne peut appuyer son authenticité que sur un récit sorti plus tard de la bouche de Luca Bonaparte, car le mystère le plus profond régna toujours sur cet événement[8].
[8] Extrait du Nid de l’Aigle, Napoléon, sa Patrie, son Foyer, sa Race, par Colonna de Cesari Rocca.
Giovan-Antonio fut le trisaïeul de Louis d’Ornano, qui épousa Isabelle Bonaparte. De cette union naquit Philippe-Antoine d’Ornano, maréchal de France, mort gouverneur des Invalides en 1864.
NASONE
Jeune encore, Nasone (grand-nez) à qui les dimensions exagérées de son nez avaient valu ce surnom, vint s’établir à San-Martino di Lota, non loin de Bastia. Soit que sa taille gigantesque (il atteignait presque deux mètres) et son énorme corpulence humiliassent ses voisins, soit que la vue de son nez leur fût intolérable, Nasone, dont la bonté et la sottise s’ébattaient en paix dans un crâne vide et démesuré, se vit bientôt l’objet d’une animosité sourde de la part des habitants de San-Martino.
L’un d’eux, la lui manifesta de la façon la plus méprisante pour qui connaît les mœurs corses. Il afficha la prétention de passer de force dans une vigne appartenant à Nasone. Celui-ci s’y opposa. D’où procès.
Dans toutes les juridictions successivement épuisées : citation au possessoire, assignation devant le tribunal de 1re instance au pétitoire, appel à la cour, recours en cassation, Nasone obtint gain de cause ; on s’imagina l’affaire réglée, et l’état des frais et dépens fut présenté au vaincu. Celui-ci répondit à la sentence qui le condamnait en déclarant la vendetta à l’adversaire favorisé des hasards d’une justice légale.
Implicitement, venait d’être prononcé le fameux « Garde-toi » corse : Se il sole ti vede, il mio piombo ti tocca[9].
[9] Si le soleil te voit, mon plomb te touche.
Alors, Nasone se retrancha dans sa demeure ; il en barricada les fenêtres pour y établir des « archere ».