Et je m'avançai plus près de la grille.

—Elle écrit sur ses genoux. Tiens, elle lève la tête; comment la trouves-tu?

Je regardai bien avant de répondre. C'était une fille qui pouvait avoir de dix-huit à vingt ans. Ses cheveux étaient si beaux, que je regardai au-dessus de sa tête s'il n'y avait pas en l'air un rayon de soleil qui leur donnait ce brillant et cette couleur dorée. Ses yeux étaient grands, d'un bleu tendre; leur grande expression de douceur annonçait un caractère faible. Son front était encadré de deux boucles. Cette coiffure devait être celle qui lui allait le mieux; elle le savait et bravait le règlement en se frisant tous les jours. Sa figure était longue, son nez long, un peu aplati du bas; sa lèvre inférieure dépassait la supérieure; la bouche était grande, les dents mal rangées, mais blanches. Elle avait de vilaines choses, pourtant la blancheur de sa peau, ses beaux yeux et ses cheveux qui dissimulaient en tombant de chaque côté son menton de galoche, en faisaient une fille agréable. Elle me parut avoir quatre pieds et demi; ses épaules étaient larges, mais un peu hautes.

Je dis à Denise qui attendait la fin de cet examen.

—C'est une drôle de figure; le bas est affreux, commun; le haut est admirable. Quel est son caractère? Elle doit être bonne.

—Oui, me dit Denise, mais elle a le caractère comme la figure: c'est-à-dire qu'elle en a deux. Elle est fantasque, insouciante. On peut lui dire ou lui faire des choses désagréables: elle ne se fâchera pas; puis, un autre jour, où on ne lui dira rien, elle s'emportera sans motifs. On la pourrait croire un peu folle. Elle a été bien élevée. Elle s'est sauvée de chez ses parents parce qu'elle avait une belle-mère. Je ne sais pourquoi on l'a fait enfermer ici. En sortant, elle est entrée en maison.

Je tournai la tête et je vis, au bout de la grille où j'étais, une petite fille de douze à treize ans, qui faisait des efforts inouïs pour être aperçue d'en bas.

—Regarde donc comme cette petite se remue.

—C'est pour tâcher que sa mère, qui est là aux prévenues, la regarde. Vois-tu cette grosse femme qui tourne les yeux de notre côté? c'est sa mère. Elle a vendu sa fille, et elle va être condamnée au moins à trois ans. Cette petite que tu vois là a fait ce qu'elle a pu pour la défendre, mais son autre fille qu'elle a vendue, il y a deux ans, l'a dénoncée et l'a chargée à outrance, parce qu'elle lui avait fait des scènes pour avoir de l'argent.

Cette femme me fit horreur; j'en détournai les yeux.