«Ma bonne chérie, le temps approche où tu vas prendre ta volée. Moi, si c'était à refaire, je ne le ferais peut-être plus. Je n'ai pas de chance, voici ma troisième condamnation. J'ai passé la nuit dans un hôtel du quartier latin; j'ai été prise par la ronde; m'en voilà pour un mois. Je suis triste; il y a loin de ce que je m'étais figuré à ce qui est. Si tu ne reçois pas mon billet, ce ne sera pas ma faute; j'ai peur d'avoir mal compris ton signe. Je pense bien souvent à toi. J'en suis à regretter la correction.
«Marie la Blonde.»
—Vous voyez que vous aviez tort de dire, hier, qu'il pouvait y avoir des femmes heureuses dans ce genre de vie.
—Mais je le dis encore, répondit Denise en repliant sa lettre. Marie n'a pas de volonté; elle s'est amourachée d'un étudiant, qui la fait aller. Elle n'en bouge pas; c'est chez lui qu'on l'aura prise.
Nous étions, en ce moment, une quarantaine à la correction. C'était une vraie république; on était sans cesse à se disputer et à se battre.
Un jour, deux des plus mauvais sujets se querellaient dans l'atelier; Mlle Bénard entre.
—Tais-toi, dit l'une d'elles, nous nous retrouverons dans le jardin.
Je croyais ce rendez-vous oublié; pas du tout, elles allèrent dans un coin et se battirent à coups de pied et à coups de poing.
Il y en avait d'une perversité incroyable et d'une hardiesse étonnante. Ainsi, une fille de douze ans prit la fuite par-dessus les murs, qui ont au moins soixante-dix à quatre-vingts pieds de haut; une autre se sauva à la place d'une blanchisseuse.
Enfin, comme tout ce qui est défendu devient une passion, ces enfants, ces femmes trouvaient des moyens pour causer ensemble, pour s'écrire.