—Voyons, nous dit M. Pomerais, il s'agit maintenant de vous trouver une retraite sûre: ici, vous seriez trop exposées. Je vais vous adresser à un de mes amis qui est fabricant en gros. Je vais le faire prévenir, et cette nuit vous partirez avec la petite. D'ici là, montez dans la chambre de ma femme; on ira tantôt chercher vos effets.
A peine étions-nous dans l'escalier, que G... arriva. On le vit passer et repasser devant la boutique.
Fatigué de ne rien voir, il entra, et demanda si on pouvait lui indiquer l'adresse d'une femme qui, d'après ce qui lui avait été assuré, travaillait dans la maison.
M. Pomerais était sur ses gardes.
—Comment appelez-vous la personne que vous cherchez, monsieur?
—C'est ma femme, monsieur, que je cherche; elle m'a volé ma fille, après m'avoir ruiné et indignement trompé. J'abandonnerais cette malheureuse, si j'avais mon enfant. Je ne puis vous dire sous quel nom elle est venue vivre à Lyon, car elle cache, celui que je lui ai donné, pour se soustraire à la justice et à mes recherches.
Pomerais eut envie de prendre le manche à balai et de lui faire la conduite, mais il réfléchit que, dans notre intérêt, il valait mieux dissimuler et il répondit avec calme:
—Tout cela n'est pas un nom: j'emploie cinquante ouvrières; pourvu qu'elles soient exactes, je ne leur demande pas de détails sur leur vie privée. Beaucoup de ces femmes ont des enfants, des maris; mais je ne me mêle pas de leurs querelles de ménage, et je suis désolé de ne pouvoir vous donner les renseignements que vous me demandez.
G... se trouva fort déconcerté, d'autant plus que M. Pomerais se disposait à lui tourner les talons.
Il reprit, de cette voix douce dont je vous ai parlé: