Je devinai qu'il s'agissait de me déguiser. Je me déshabillai si vite, que j'arrachai tout. Je n'avais pas vu ma mère depuis deux jours, et je l'adorais. Les vêtements de mon petit Mathieu m'allaient à merveille. Le père Mathieu vint voir si j'étais prête. Je lui sautai au cou.
—Dis-moi donc, femme, mets-lui donc le petit carrik des dimanches.—Il ne fait pas chaud; entre-lui bien la casquette sur les yeux. Est-elle gentille comme cela! Pierre va venir avec nous. Tu lui donneras la main d'un côté, ma petite Céleste; tu me la donneras de l'autre. Il n'y pas de danger, et cependant ne parle pas; quelque chose qui arrive, ne crie pas.
Pierre, le domestique, entra à ce moment. Il venait nous dire que G... était à son poste.
—Allons, dit Mathieu, il le faut. Il prit son paletot, et nous partîmes tous trois. Mes jambes tremblaient; je serais tombée, si je n'avais pas été soutenue par M. Mathieu et par Pierre.
G... nous suivait. Un moment, il s'approcha tellement de nous que je crus qu'il m'avait reconnue. Mais il s'éloigna, et voyant que nous prenions la même direction que M. Mathieu et son fils avaient suivie la veille, il nous quitta.
Nous arrivâmes à la maison qu'habitait ma mère. Soit fatigue, joie de songer que j'allais revoir maman, ou souvenir de la peur que j'avais eue de G..., je ne pus monter l'escalier, et je tombai à genoux sur la première marche.
Mathieu me prit dans ses bras. Nous vîmes une lumière en haut de la rampe, et nous entendîmes la voix de ma mère.
—Est-ce vous, Mathieu?
—Oui.
—Ah! Dieu soit loué! J'allais partir.