—Tais-toi, tais-toi...

La porte d'entrée s'ouvrit et se ferma. Nous entendîmes les pas de plusieurs hommes dans la chambre.

—Nous n'y sommes pas tous, dit mon beau-père.

—Non, répondit une voix; les autres vont venir. Nous n'avons pas voulu monter ensemble, de peur qu'on nous remarquât en bas. Le richard du premier craint toujours pour ses écus. Il guette tout ce qui sort de la maison. Je ne serais pas fâché qu'on lui tordît le cou à celui-là; j'ai une fameuse dent contre lui, et puis il y a assez longtemps qu'il...

On frappa à la porte: la voix s'arrêta. Les nouveaux venus causaient à demi-voix, car on n'entendait qu'un bruit confus. Ils devaient être huit à dix.

Peu à peu, la discussion s'animant, le bruit devint plus distinct.

Nous écoutions, ma mère et moi, avec toute la lucidité de la peur, et nous ne tardâmes pas à comprendre avec horreur, que ce qui se complotait dans la chambre voisine, entre mon beau-père et ses dignes acolytes, c'était le projet de quelque détestable action.

—C'est impossible, disait G...; on ne peut faire cela, sans être bien sûr, et si, pendant qu'on est là-bas, cela ne chauffe pas ici, nous serons tous infailliblement arrêtés. Il faut commencer ici d'abord.

Une autre voix lui coupa la parole.

—Allons donc, tu as peur de tout...; qui ne risque rien n'a rien. Quand le branle sera donné ici, cela ne vaudra plus rien là-bas. Il faut effaroucher la poule pour prendre les œufs.