On frappa à la porte. Elle se cacha dans les rideaux et me dit:
—Je ne veux voir personne.
J'ouvris. C'était un grand jeune homme blond; il n'avait pas de barbe. Sans être joli garçon, sa figure était agréable.
—Peut-on voir Lise? me demanda-t-il presque bas.
—Oh! c'est toi, Camille; entre, dit Lise, avant que j'aie eu le temps de répondre. Et elle l'embrassa bruyamment sur les joues. Camille, c'est personne, me dit Lise en riant.
—Non, dit le jeune homme, je ne suis rien et je le regrette, car tu ne serais pas là.
—Nous verrons cela plus tard, dit Lise en lui serrant la main.
—J'ai eu bien peur, lui dit-il. Enfin, tu es libre; je pars, mon tuteur m'attend; je reviendrai bientôt. Et je l'entendis sauter l'escalier quatre à quatre, comme un écolier.
—Quel est donc ce jeune homme? demandai-je à Lise.
—C'est presque un enfant, car il a dix-neuf ans d'âge, douze ans de raison; il en convient lui-même. Depuis quatre mois, il me répète tous les jours: «Vois-tu, Lise, je ne t'aime pas comme tout le monde. Si je voulais, peut-être qu'en te priant bien je pourrais t'avoir; eh bien! je ne veux pas, je ne serai que ton ami; je souffrirais trop de te partager. A ma majorité, j'aurai une grande fortune; alors tu seras à moi tout entière, je t'emmènerai bien loin, je te rendrai si heureuse que tu ne regretteras pas ta vie passée!»