XIII
L'HIPPODROME.
Ce n'était pas tout d'avoir le titre d'écuyère: il fallait apprendre mon métier. L'équitation et les fantaisies équestres ne s'improvisent pas plus qu'autre chose.
Je travaillais avec une ardeur extrême. Je prenais jusqu'à deux et trois leçons par jour, toutes accompagnées d'une heure de trot à la française. Dans le commencement, je fus très-fatiguée; je crachais le sang, mais cela ne m'arrêtait pas.
J'étais obligée de négliger beaucoup mes amis. Brididi fut celui qui en souffrit le plus, car il m'avait prise en grande affection.
Lorsque je l'avais vu se monter un peu trop la tête pour moi, après nos communs triomphes à Mabille, j'avais pensé que le meilleur moyen de le guérir était de lui faire confidence des sentiments que j'éprouvais pour un autre. Ce moyen n'était peut-être pas bien bon: d'abord, M. Brididi ne se découragea pas aussi complétement que j'aurais pensé qu'il le ferait, et puis, comme je l'avais mis au courant des affaires de mon cœur, il profita assez adroitement de ma rupture avec Adolphe.
Au moment de mon entrée à l'Hippodrome, il me faisait encore une cour très-vive.
On venait de faire une chanson sur Pomaré. On l'attribuait à un homme de beaucoup d'esprit.[ [1] C'était sur l'air de la valse de Rosita:
O Pomaré, ma jeune et folle reine,
Garde longtemps la verve qui t'entraîne,
Sois du cancan toujours la souveraine