—Il va augmenter pour lui. Il y a quelque temps, il cherchait à emprunter à un usurier que je connais. Il voulait lui faire des lettres de change; l'usurier ne voulait pas les accepter.
—Vous avez tort, disait celui-ci, mon père a soixante ans!
—Je le trouve très-jeune, répondait l'usurier.
—Oui, répliquait le jeune homme, mais il est malade et n'ira pas loin, j'en suis sûr; ainsi vous serez payé à l'échéance.
L'affaire n'est pas encore faite; si le père va mieux, il faudra payer plus cher!
—Eh bien, c'est un vilain monsieur, votre jeune homme; il escompte tout bonnement la vie de son père.
—C'est vrai, mais il y en a beaucoup comme cela.
—C'est triste!
—Je ne dis pas non, reprit Victorine. C'est un peu la faute des pères, qui les élèvent mal. Petits, on les fait nourrir par des étrangères. Plus tard, on les fait manger avec des gouvernantes; puis on les envoie au collége, hors de la famille, d'où ils sortent à dix-sept ou dix-huit ans. L'amour les prend avant qu'ils aient songé à aimer leurs parents. Ils font des dettes, leurs pères ne les payent pas. Les meilleurs attendent la fin, les plus mauvais la souhaitent. Il me semble que si j'avais un enfant, je le ferais élever près de moi, et que, surtout, je ne l'obligerais pas à passer dix ans de sa vie à apprendre un tas de choses qui doivent bien ennuyer les jeunes gens, puisque, sitôt en liberté, ils font le diable pour les oublier. Oh! te voilà, dit-elle à un homme que nous croisions. Tu gênais donc ta femme, qu'elle l'a envoyé à l'Opéra.
—Qu'est-ce que tu veux dire? dit le monsieur, qui paraissait fâché.