Dans une seule semaine, je reçus je ne sais combien de femmes qui venaient m'annoncer mes conquêtes et tâcher de négocier des traités d'alliance. J'avais à cet égard des idées bien arrêtées. Je ne voulais à aucun prix avoir de commerce avec ces femmes pour qui j'avais la plus profonde aversion. Aussi redescendaient-elles furieuses mes cinq étages. Quand elles rendaient compte de leur mission, on ne pouvait les croire, tant, je l'avoue en rougissant, la conquête de Mogador semblait facile.
Je n'eus qu'à me féliciter du parti que j'avais pris. L'opinion changea à mon égard. On ne cessa pas de me faire la cour, mais on y mit plus de délicatesse, et l'on me laissa le temps de respirer et de choisir.
Ici encore, je retrouve un souvenir de ma sœur.
Depuis que je refusais de la voir, il lui était passé une autre idée par la tête: c'était de me donner un amant de sa main. Un jeune baron plus ou moins allemand, qui avait une charge à la cour de... était au nombre de ceux dont j'avais si mal reçu les plénipotentiaires. Il raconta sa défaite à ma sœur.
—Présentez-vous de ma part, lui dit-elle avec son aplomb ordinaire; vous êtes sûr d'un excellent accueil.
Il la crut et vint chez moi, convaincu qu'il se présentait sous les meilleurs auspices.
C'était un homme de trente à trente-cinq ans, blond, assez grand, assez joli garçon, l'air doux et distingué.
Il tombait mal: j'avais encore les fleurs sur le cœur; mais il s'en tira en homme d'esprit. Devinant mes véritables sentiments pour ma chère sœur, il m'avoua qu'il ne pouvait pas la souffrir, et il m'en dit tant de mal, que je finis par l'écouter.
—A votre tour maintenant, me dit-il.
J'avais bien aussi quelques méchancetés qui ne demandaient qu'à s'évaporer en paroles. Notre entretien se prolongea. La médisance aidant, le baron emporta la permission de revenir.