Je fus abasourdie; mais je n'avais pas le droit de la gronder, et d'ailleurs c'eût été parfaitement inutile.
Tu ne peux te figurer l'embarras où je me suis trouvée pour moi-même.
J'avais dans l'hôtel une assez grosse dette, et pas d'argent pour m'acquitter. On m'a gardé mes affaires en payement et je suis emménagée ici avec deux chemises, des pantoufles et la robe que j'ai sur moi. J'ai dit que je partais pour la campagne et je ne bouge pas.
Pourtant, il faut que je sorte de cette situation. Je suis à la charge de ma sœur; elle m'a offert de venir chez elle, comme on l'offre presque toujours, mais comme toujours, elle l'a regretté. D'abord, elle n'est pas riche, et elle le serait que cela ne me ferait pas la position meilleure; elle est avare. Hier, elle m'a reproché un cahier de papier à cigarettes; nous nous sommes déjà disputées vingt fois.
Après chaque scène, je prends mes deux chemises pour faire ma malle. Eulalie ne peut s'empêcher de rire, et je reste, en lui promettant d'avoir de l'ordre, ce à quoi je ne peux pas m'habituer; il faut lui rendre cette justice qu'elle a raison... Regarde cette petite chambre, comme elle est propre: il n'y a presque rien. Eh bien! c'est gentil comme tout; elle me suit toute la journée avec une serviette pour essuyer jusqu'à la marque de mes pieds; aussi, tu vois, je reste couchée... Comme cela je ne dérange rien.
Je ne pus m'empêcher de rire, car le lit, la table de nuit, la chambre entière étaient un vrai pillage; partout des livres, du papier à cigarettes déchiré, jeté çà et là, du tabac, de la cendre...
—Ah! mon Dieu, lui dis-je, en me levant, je me sauve... elle n'est pas aimable tous les jours, ton Eulalie. Je l'ai vue souvent à l'Hippodrome, sans savoir que c'était ta sœur, et j'ai déjà eu deux ou trois bourrasques avec elle; si elle me trouve ici, elle est capable de me faire quelque mauvais compliment.
—Non, reste, reste encore un peu; ce n'est pas l'heure à laquelle elle rentre. Elle est chez Maxime, et puis, je sais le moyen de la mettre de bonne humeur.
Et elle se mit à ranger autour d'elle, essuyant la table avec son unique robe.