—Ma chère, il n'y avait que ce moyen-là de te voir. On ne peut rien en faire; si je la proposais, on me rirait au nez; et puis, il y a une autre difficulté, c'est que je ne pars pas; mais j'espère que dans dix jours tu ne seras plus là. Adieu, entretiens-la de ses succès; je reviendrai demain.

Rentrée chez moi, j'écrivis un mot à l'hôtel des Princes, à un jeune homme nommé Manby, avec qui j'avais passé la soirée plusieurs fois chez Lise, et qui l'avait assurée, devant moi, de son amitié sans fin. Il ne se fit pas attendre: à quatre heures il était chez moi.

—Vous êtes aimable d'être venu, mon cher ami, j'ai un service à vous demander.

—Tout ce que vous voudrez, pourvu que vous me laissiez vous embrasser.

—Vous pensez bien que je ne vous ai pas demandé pour cela.

—Je ne l'ai pas pensé, et je le regrette.

—Allons, pas de fadaises! Lise est malheureuse; elle ne veut rien de moi, mais de vous elle acceptera tout. Il faut qu'elle sorte de chez sa sœur, qui la traite comme un chien.

—Ma chère, me dit-il, je vous livre ma fortune. Je n'ai que dix louis sur moi, les voilà... Si cela ne suffit pas, pourvu qu'elle me demande par la même voie, je suis toujours prêt.

—Elle ne vous demande rien; elle ne sait même pas que je vous ai écrit. Adieu, merci pour elle.

Le lendemain, je courus chez Lise toute joyeuse. Je me disais: