Je regardai cet homme; j'avais le pressentiment qu'en insistant j'allais me faire de la peine; pourtant je voulais savoir et je lui dis:
—Qu'est-il donc arrivé?
—Ah! me dit-il, moitié riant, c'est la Pomaré, qui faisait ses embarras au milieu des voitures; son cheval a eu peur et s'est emporté, sans que personne cherchât à l'arrêter. Les cheveux de la reine étaient défaits, elle avait l'air d'une folle.
D'autres personnes, qui venaient de la barrière, vinrent auprès de moi en disant:
—Ah! la pauvre femme! elle a voulu sauter, son pied s'est accroché dans l'étrier, et le cheval l'a traînée si longtemps que sa tête est mutilée. Ça fait mal d'y penser; on ne pouvait pas voir sa figure: ses cheveux et le sang faisaient un masque.
Je sautai dans ma voiture, je me fis conduire dans la direction indiquée. Il y avait des rassemblements autour de taches de sang. On avait emmené cette malheureuse femme; personne ne l'avait reconnue. Je dis au cocher:
—Rue Saint-Georges!
Sa bonne me dit qu'elle était sortie depuis le matin, mais en toilette de ville. Cependant cela ne signifiait rien, parce que sa robe d'amazone était au manége.
Je dis que j'allais rue Duphot; que s'il y avait du nouveau, on envoyât de suite chez moi.
On m'assura, au manége, ne pas l'avoir vue de la journée; on me fit voir sa robe. Je rentrai chez moi pour me changer; j'étais en nage. J'allais ressortir quand on sonna.