—Non, lui dis-je, je ne l'ai pas vu.
—Tout m'abandonne! Allons, je suis prête. Ah! misérable que je suis! voilà où cette vie devait me conduire! Je voudrais que toutes celles qui marchent sur mes traces pussent me voir en ce moment.
On avait fait avancer un fiacre. Ces messieurs lui prirent chacun un bras et se placèrent près d'elle dans la voiture. Je la vis jeter sa tête en arrière; la voiture partit.
La brave femme n'en savait pas davantage. Les informations qu'elle pouvait me donner s'arrêtaient là.
Je n'en revenais pas de ce que j'apprenais; je n'eus pas, du reste, un instant de doute sur l'innocence de Lise: je la savais incapable d'un acte d'improbité.
Je fis quelques démarches pour avoir de ses nouvelles; mais je dus être prudente, car j'étais moi-même sous une surveillance qui me désespérait, et mon intervention dans une affaire de cette nature aurait pu me coûter bien cher. Lise était au secret, rien ne pouvait lui parvenir.
Je fus vingt fois chez elle.
Je ne pouvais me remettre du coup que son arrestation m'avait porté; c'était la semaine aux mauvaises nouvelles.
Au moment où j'étais le plus triste, j'appris un nouveau malheur, qui m'impressionna d'autant plus vivement qu'il me faisait faire sur ma propre situation un cruel retour.
J'avais eu occasion de voir, chez Adolphe, un jeune homme qui avait une maîtresse charmante. Elle s'appelait Angéline; sa figure était fine, spirituelle au possible. Elle avait été inscrite très-jeune; elle avait compris dans quelle affreuse position elle s'était mise. Aussi, sans être devenue une vertu bien farouche, vivait-elle très-modestement avec son amant, qui ignorait sa position.