Je reçus une nouvelle lettre de Robert.

«Je te pardonne tout le mal que tu me fais. Quoi!... quand je te dis que je t'aime, que je souffre, tu ne trouves pas dans ton cœur l'écho d'un souvenir! C'est mal, Céleste, d'être ingrate. Tu ne m'as pas pardonné un moment de vivacité, tu m'as reproché de ne plus t'aimer... peux-tu être injuste à ce point... Le jour où tu ne m'as plus aimé, tu as eu assez de pitié pour moi pour me le cacher, pour me mentir jusqu'au jour où tu as cru m'avoir assez payé l'amour que j'avais pour toi. Merci, mon enfant... pourquoi n'avoir pas fait durer mon rêve quelques heures de plus? Il était si doux pour moi; si tu savais pourtant comme, dans un baiser, je te donnais d'amour, de tendresse, de passion! comme ces baisers venaient de loin, du fond de mon cœur! Que n'ont-ils versé sur le tien un peu de ce feu qui me brûle? Oh! tu ne m'aimes plus aujourd'hui, tu ne me comprends pas... c'est donc fini, je ne te verrai plus... je vais partir, aller bien loin!... Pourquoi montrer mes larmes? On en rit, et tout cela te ferait pitié, voilà tout. Oh! reviens à moi, je te demande pardon de tout ce qui a pu t'offenser, je ne le pensais pas. Viens me voir au moins pour me dire adieu, je ne t'ai jamais fait de mal. Ne m'abandonne pas ainsi, je t'aime... reviens, et tu auras plus que tu n'as pu rêver! Je ne puis vivre sans toi... Viens, viens, c'est mon cœur qui t'appelle. Je suis malade dans mon lit... Refuseriez-vous un peu de pitié à un homme dont le seul crime est de vous avoir trop aimée... le laisseriez-vous mourir sans un mot de consolation!... Non, je connais votre cœur, vous viendrez, je vous attends!...»

Le lendemain, il y avait des courses au Champ-de-Mars... Je fis atteler ma calèche pour y aller. En descendant, je trouvai des roses plein ma voiture... Je pensais que c'était une galanterie de Richard et je partis en emportant un petit mot que je voulais mettre moi-même chez Robert, et où je lui disais:

«Vous m'aimez aujourd'hui, parce que je suis à un autre; s'il n'était plus là, vous ne vous baisseriez pas pour me ramasser à terre. Je vous ai bien prévenu! Avant de prendre un parti, mon cœur a crié! Vous savez bien que je vous aime, et vous m'avez plaisantée, raillée. Je suis partie... Vous m'avez écrit des injures... j'ai tout supporté, sans vous faire un reproche!... j'avais le cœur gros. Je vous quitte, je vais aux courses. Il faut bien que je jouisse de mon luxe, de mes succès! J'ai fait le malheur de trois personnes; on va m'admirer... je suis à la hauteur de ces femmes que je méprisais. Des chevaux, des voitures, avec cela, on n'a plus besoin de son cœur... la vie est un pont qui traverse l'âme. Au commencement, il y a l'amour; à l'autre bout, l'ambition, l'orgueil.

»J'ai commencé avec vous par le premier; vous m'avez poussée, je suis sortie par l'autre. C'est votre ouvrage. Tous les reproches que vous me faites, je les jette sur vous... mon cœur n'est-il pas une hôtellerie mal famée!... Je vous en chasse pour vous éviter d'être en si mauvaise compagnie.

»CÉLESTE.»

Je donnai cette lettre à un commissionnaire... Je doutais trop de mon courage pour la remettre moi-même.

XXXVIII

Le lendemain, à dix heures, le médecin qui m'avait soignée place de la Madeleine, et que Robert avait gardé, demanda à me parler. On le fit entrer dans ma chambre.