—Adieu, me dit-il, vous ne me reverrez jamais.
Je ne pris pas garde à ce mot qu'on dit si souvent, et puis j'étais trop occupée de ma vengeance.
Robert chercha à se justifier. Il avait un air vainqueur dans toutes ses paroles qui m'exaspérait; pourtant je fus douce, humble. Il crut mon caractère brisé à tout jamais, car j'employais la prière pour qu'il restât auprès de moi.
—Oui, me dit-il, je vous aime encore un peu, mais je suis le seul; je ne sais ce que vous avez fait aux femmes, toutes vous détestent. Judith m'a écrit, elle ne peut vous souffrir. Toutes ces plaisanteries me fatiguent, et j'ai pris un parti, je vous verrai de temps en temps, nous garderons chacun notre indépendance.
—Je ne sais, mon cher ami, à quel propos Mlle Judith peut vous écrire sur mon compte, je ne la connais que de vue.
—Elle prétend que vous lui avez écrit pour avoir une invitation chez elle, et qu'elle vous a refusée.
—Vraiment, mon cher Robert, je m'étonne que vous, un homme d'esprit, vous prêtiez attention à des caquets de femme; je vous ai dit déjà que je n'avais fait d'avance qu'à une seule femme, pour la faire mentir, c'est à Ozy; puisque vous êtes en correspondance avec Mlle Judith, pourquoi ne vous a-t-elle pas montré ma lettre?
—Je ne la vois pas, je crois même ne lui avoir jamais parlé, je ne sais même plus comment il se fait que nous nous soyons écrit. Ce dont je me souviens, c'est qu'elle me disait, dans une lettre, que je ne devrais pas être si fière de ma conquête, que la prise de Mogador ne datait pas d'hier. Je lui ai répondu qu'après avoir consulté les historiens anciens et modernes, j'avais découvert que Judith avait mis la tête d'Holopherne dans le sac, longtemps, mais bien longtemps avant la prise de Mogador; elle m'a renvoyé la lettre.
Je ne sais ce que tout cela signifie, je n'ai jamais cherché à la connaître.
Pour vous montrer que je ne vous mens pas, je vous enverrai ses lettres.