—Moi! mais non, vous savez bien que je n'ai pas joué.
On chercha partout; on se perdit en conjectures. Une seule personne était restée: Robert ne pouvait pas douter des gens qu'il avait reçus. Il pensa aux domestiques. Comme le soupçon est affreux, et qu'il eût fallu renvoyer tout le monde, ou se méfier de tous, il me vint une idée.
—Écoutez, lui dis-je. A mon retour de Londres, Maria est venue me voir; elle voulait aussi savoir quelque chose, elle me proposa d'aller chez une somnambule. Je la menai chez Alexis Didier; je ne croyais en aucune façon au somnambulisme, et comme je lui en voulais un peu, je résolus de lui faire une méchanceté, me disant: S'il répond à la question que je vais lui faire, par exemple, je croirai. Nous partîmes. C'était jour de séance publique. Il avait beaucoup de monde; je lui donnai des cheveux, je lui pris la main, et je lui demandai où était la personne à qui ces cheveux appartenaient. Est-il en France? se porte-t-il bien? Alexis se mit à rire et me répondit:
—D'abord, vous dites il, c'est elle qu'il faut dire; ces cheveux sont ceux d'une femme, elle se porte très-bien, elle est ici, ce sont les vôtres.
Je regardai autour de moi effrayée; pourtant je voulus encore une preuve, et je lui dis: Je crois que vous vous trompez.
—Non, me dit-il en riant plus fort, ce n'est pas mal inventé ce que vous faites; vous venez d'entrer dans une chambre sombre, vous allumez une bougie, on vous attend à côté, vous fermez la porte pour que l'on ne vous voie pas; vous vous coupez des cheveux; tiens, vous les recoupez en petits morceaux; les voici. Et il me rendit le papier que je lui avais donné.
J'étais étourdie de ce qu'il venait de me dire. C'était l'exacte vérité; j'eus peur de cette puissance inconnue qui lisait la pensée. Maria me vit si pâle, si émue, qu'elle n'osa l'interroger, dans la crainte qu'on ne lui dît des choses que personne ne devait entendre.
—Je reviendrai, dit elle, quand il sera seul. Nous partîmes.
Je fus longtemps à me remettre, et comme je sentais que cela m'aurait influencé l'esprit, je me promis de n'y jamais retourner; mais aujourd'hui, le cas est assez grave, et si vous voulez, nous irons le consulter de bonne heure et avant que personne ne connaisse encore ce vol.
Mon idée parut bonne et nous nous rendîmes chez Didier, rue Grange-Batelière, avec un ami de Robert qui assista à la séance.