Il voulut me reconduire, et je me sentis soulagée d'avoir retrouve, si empressé, cet ami que j'avais abandonné, sans m'inquiéter du mal que je pouvais lui faire.
Je répétai aux Folies avec Lassagne, acteur très-aimé du public; évidemment, il avait du talent, mais il en était trop sûr; il ne parlait de rien moins que d'ouvrir un cours, afin de donner des leçons, des conseils à Bouffé, à Arnal, à Odry.
Il ne m'aidait jamais en jouant; il profitait de mon embarras en scène pour me jouer des tours; il ajoutait à son rôle. Je n'avais pas la réplique, et je ne savais que devenir. Pour produire un effet, il aurait fait siffler son meilleur ami.
Tout le monde le connaissait; on le tenait à distance. Il était aimé de peu de personnes. Souvent, M. Mouriez lui parlait durement; Mme Odry, le pria bien des fois de cesser ce qu'elle appelait ses cascades, sous peine de le faire mettre à l'amende.
Il y avait, parmi les femmes, Angélina Legros; elle était là depuis quinze ou seize ans et commençait à être trop marquée pour jouer son emploi.
Dans chaque débutante elle voyait une rivale et ne la ménageait pas. Je débutai précisément par un de ses rôles; j'avais besoin de me faire des amies dans le théâtre, et j'avais eu la naïveté de compter sur elle; mais je renonçai bien vite à cette illusion.
Je frappai à d'autres portes: j'entrai chez Dinah, jolie petite brune, un peu bamban; je ne fus pas longtemps à m'apercevoir de ses défauts. Elle avait toutes les petites faiblesses de l'enfance. Je passai à Duplessis: celle-là était nulle. Il restait une voisine, Frenex, extraordinaire créature, petite, maigre à lui compter les côtes, blond et rouge mêlés, un nez comme il y en a peu, des dents comme il est aise de s'en procurer pour son argent, la bouche grande, les cils et les sourcils blond albinos; le tout peint en noir, blanc et rouge, était passable. Elle avait de l'esprit, elle était mignonne, distinguée, bonne actrice, capricieuse et coquette.
Une nouvelle amie était une conquête; aussi me reçut-elle très-bien; cela dura quelques jours.
Elle était malheureuse en affections, je ressentis le contre-coup de sa mauvaise humeur. Je suivis, triste de cette rupture, le couloir jusqu'à la loge de Léontine.
Elle voit à peine clair, c'est un bien grand malheur; pourtant, cela lui fera pardonner un petit ridicule: elle ne se voit plus bien, et se fâche de ce qu'on ne veut pas lui faire jouer de jeunes grisettes. Elle a bon cœur. M. Dennery la connaissait bien, quand il fait Chonchon dans la Grâce de Dieu.