Elle ne peut me reconnaître, j’ai eu la petite vérole depuis que nous ne nous sommes vues.

Elle, elle est toujours aussi jolie.

Comme elle paraît heureuse avec sa robe de mérinos!

Pendant que je faisais ces réflexions, Caroline, montée sans façon sur le comptoir, se promenait au milieu des chiffons empilés; elle jouait avec Louise et voulait à toute force lui essayer un bonnet. Louise lui rendait ses caresses.

J’achetai tout ce qu’elle me fit voir; elle eut bien tort de ne pas me proposer tout le contenu de sa boutique, je l’aurais payé sans marchander.

Une fois sortie, j’eus envie de pleurer.

Pauvre petite Louise! je me la rappelais m’offrant la moitié de son pain.

Pour la première fois depuis cette affreuse époque de ma vie, je m’en souvenais avec plaisir.

Son souvenir me faisait l’effet d’un parfum qui se sauve de la fange où l’on va l’engloutir.

Je rentrai chez moi, me promettant bien d’y retourner. Une voiture était à ma porte, Victorine m’attendait depuis une heure.