L'an 258, sous Valérien, un gros des Francs traversa toutes les Gaules, passa en Espagne, se fit une place forte de Tarragone, d'où il pilla l'Espagne durant douze années. Un détachement osa même passer en Afrique, en revint chargé de butin, et retourna dans ses forêts, traversant encore impunément toutes les Gaules.


Probus, l'an 279, repoussa les Francs au-delà du Rhin; mais un d'eux, nommé Magnance, parvint par son courage au trône des Césars, et ses compatriotes faisoient la plus grande force de ses armées. Sylanus, autre franc, poussé par les injustices de Constance, qu'il avoit servi avec autant de zèle que de fidélité, se fit proclamer empereur: cependant Julien et Valentinien eurent plusieurs avantages sur ces braves.


Stilicon sut les maintenir au-delà du Rhin; mais Honorius ayant fait massacrer ce grand homme, Alaric l'en punit, et s'empara de Rome en 410.


Jusques-là les Francs s'étoient contentés de ravager les Gaules, et de s'y établir passagèrement, tantôt par force et en conquérans, d'autrefois comme alliés et tributaires; mais lassés des marais incultes de la Germanie, qui n'offroient aucune ressource à leurs besoins sans cesse renaissans, pressés sans doute par le génie ardent qui devoit porter au plus haut degré de gloire cette nation courageuse et superbe, ils repassèrent le Rhin en 420, sous la conduite de Pharamond, prince saxon, d'une figure noble et d'un caractère déterminé: ce fut sous les ordres de ce général qu'ils quittèrent à jamais leur patrie, et s'établirent dans les Gaules, en s'emparant de la Toxandrie, aujourd'hui pays de Liége et de l'île Batave, où se trouvoient renfermées les villes de Bois-le-duc, Breda et Anvers.

Les Francs devoient à Pharamond des conquêtes rapides, un état certain, de riches possessions; il falloit lui devoir plus encore, les lois, l'ordre et la paix intérieure. Il fut nommé roi; mais cette monarchie naissante devoit se ressentir long-tems de la barbarie et de l'esprit turbulent d'un peuple toujours sous les armes, et amant de la liberté: s'il éprouvoit le besoin d'un chef, il ne désiroit pas moins ardemment conserver son indépendance; et les premières lois tinrent long-tems de ce mélange de soumission, de révolte, d'obéissance et d'insubordination. Le peuple voulut rester maître d'élire ses rois, de nommer ses généraux ou chefs. On élevoit sur un pavois, large bouclier, le roi que l'on s'étoit choisi; on le montroit ainsi au peuple assemblé, et cette cérémonie simple et guerrière étoit suivie de respect et d'amour. Le roi avoit des braves ou forts qui lui étoient particulièrement attachés, et tellement dévoués, qu'ils mouroient souvent pour lui ou avec lui; il leur distribuoit des terres en raison de leur valeur et de leurs services; de là vinrent sans doute les bénéfices militaires et amovibles. L'aspirant au rang de brave étoit présenté au roi par un parent, et dans l'assemblée générale, il recevoit des mains de son maître la lance et le bouclier; le roi lui adressoit ces mots: Je te tiens pour brave et à jamais. De là sans doute naquit la chevalerie.