Le lendemain matin, il reçut un passeport pour quitter Naples dans la journée. Un messager plus intime vint en même temps lui redemander l'élégante petite boîte qui contenait la clef.
Depuis ce jour, la Reine, qui en paraissait sans cesse occupée jusque-là, n'a plus prononcé son nom. Monsieur de Chabot n'a jamais pu comprendre le motif de cette disgrâce, car il se rendait la justice d'avoir été parfaitement respectueux.
Le portrait lui resta, et je l'ai vu entre les mains de la personne confidente de cette intrigue à laquelle il en fit don au moment où il entra dans les ordres.
Quoi qu'il en soit, son choix de l'état ecclésiastique ne l'empêcha pas de conserver toutes les habitudes du dandysme le plus outré; ses recherches de toilette étaient sans nombre. Il entama avec la Cour de Rome une longue et vive négociation pour faire donner à la chasuble une coupe nouvelle qui lui paraissait élégante. Au reste, il faut reconnaître qu'il disait la messe plus gracieusement qu'aucune autre personne et pourtant très convenablement.
Ces ambitions futiles n'arrêtaient pas les autres. Il devint promptement archevêque et cardinal; je crois qu'au fond c'était là le secret véritable de sa vocation. Les carrières civiles et militaires se trouvaient encombrées; il se croyait de la capacité, avec raison jusqu'à un certain point, et s'était jeté dans celle de l'Église. Mais j'anticipe; revenons au printemps de 1818.
J'avais laissé monsieur de Talleyrand honni au pavillon de Marsan; je le retrouvai dans la plus haute faveur de Monsieur et de son monde. Elle éclata surtout aux yeux du public à un bal donné par le duc de Wellington où les princes assistèrent.
Je me le rappelais l'année précédente dans cette même salle, se traînant derrière les banquettes pour arriver jusqu'à la duchesse de Courlande; elle lui avait réservé une place à ses côtés où personne ne vint le troubler. Monsieur le duc d'Angoulême, seul de tous les princes, lui adressa quelques mots en passant; mais, cette fois, l'attitude était bien changée. Il traversait la foule qui s'écartait devant lui; les poignées de main l'accueillaient et le conduisaient droit sur Monsieur; monsieur le duc de Berry s'emparait de cette main si courtisée pour ne la céder qu'à Monsieur. Les entours étaient également empressés.
Je n'ai pas suivi le fil de cette intrigue dont le résultat se déployait avec tant d'affectation sous nos yeux. J'ai peine à croire que monsieur de Talleyrand eût flatté les vœux de Monsieur qui, à cette époque, désirait par-dessus tout le maintien de l'occupation.
Monsieur de Talleyrand était trop habile à tâter le pouls du pays pour ne pas reconnaître que la fièvre d'indépendance s'accroissait chaque jour et ferait explosion si on ne la prévenait; mais certainement il s'unissait à toutes les intrigues pour chasser le duc de Richelieu, et c'était là un suffisant motif d'alliance.
J'eus encore, à ce bal, occasion de remarquer le peu d'obligeance de nos princes. Le duc de Wellington vint proposer à Madame, vers le milieu de la soirée, de faire le tour des salles. Il était indiqué de prendre son bras, et tout grand personnage qu'il était il en aurait été flatté. Mais Madame donna le bras à monsieur le duc de Berry, madame la duchesse de Berry à Monsieur (monsieur le duc d'Angoulême, selon son usage, était déjà parti) et le duc de Wellington fut réduit à marcher devant la troupe royale en éclaireur.