Il était si bête qu'il me fit une mine de reconnaissance; mais la duchesse me lança un regard furieux et ne me l'a jamais pardonné.
La famille d'Orléans, dont les formes affables et obligeantes faisaient un contraste si marqué à celles de la branche aînée, n'assistait pas à ce bal, autant qu'il m'en souvient. Elle était dans la douleur. La petite princesse, née en Angleterre, était à toute extrémité et mourut, en effet, peu de jours après.
La mort frappait à la fois à deux extrémités de la maison de Bourbon. Le vieux prince de Condé achevait en même temps sa longue carrière en invoquant vainement la présence de ses enfants pour lui fermer les yeux. J'ai déjà dit la vie qui retenait monsieur le duc de Bourbon sur les trottoirs de Londres.
Madame la princesse Louise se refusa également à adoucir les derniers moments de son père, prétendant ne pouvoir quitter sa maison du Temple où elle s'était cloîtrée, quoique toutes les autorités ecclésiastiques l'y autorisassent et que le cardinal de Talleyrand, archevêque de Paris, allât lui-même la chercher. Ce sont de ces vertus que je n'ai jamais pu ni comprendre, ni admirer.
Monsieur le prince de Condé mourut dans les bras de madame de Rouilly, fille naturelle de monsieur le duc de Bourbon; elle lui prodigua les soins les plus filiaux et les plus tendres.
Monsieur le duc de Bourbon arriva quelques heures après la mort de son père: il parut fort malheureux de n'avoir pu le revoir, et d'autant plus que le vieux prince semblait, dans ses derniers jours, avoir repris la mémoire qu'il avait perdue depuis quelques années et regretter amèrement l'absence de son fils. Monsieur le duc de Bourbon conserva son nom, disant que celui de Condé était trop lourd à porter. Il s'établit au Palais-Bourbon et à Chantilly où il ne tarda pas à donner de nouveaux scandales.
Le service pour monsieur le prince de Condé à Saint-Denis fut très magnifique; je ne me rappelle plus en quoi on dérogea aux usages, mais il y eut quelque chose de très marqué, en ce genre, pour honorer plus royalement sa mémoire. Le roi Louis XVIII affectait de lui rendre plus qu'il n'était dû à son rang, selon l'étiquette de la Cour de France, peut-être pour marquer encore plus la sévère désobligeance avec laquelle il l'imposait à monsieur le duc d'Orléans.
Je me souviens que cet enterrement fut une grande affaire à la Cour. Pendant ce temps, le public et le ministère se préoccupaient du discours. Le pas était glissant; il s'agissait du général des émigrés. Il était difficile d'aborder ce sujet de manière à satisfaire les uns et les autres; car, si les uns étaient au pouvoir, les autres c'était le pays.
L'abbé Frayssinous, chargé de l'oraison funèbre, s'en tira habilement. Je me rappelle entre autres une phrase qui eut grand succès. En parlant des deux camps français opposés l'un à l'autre, il dit: «La gloire était partout, le bonheur nulle part». En résultat, le discours ne déplut absolument à aucun parti; c'était le mieux qu'on en pût espérer.