«Quoi! le pamphlet de cet affreux monsieur Guizot? Il n'est pas possible, chère petite, que vous approuviez une pareille horreur!»
Mon frère témoigna son étonnement de la manière dont elle en parlait. Il n'avait pas lu la brochure, mais il avait entendu monsieur le duc d'Angoulême en faire grand éloge.
«Monsieur le duc d'Angoulême! Ah! je le crois bien! peut-être même ne l'a-t-il pas trouvée assez jacobine, assez insultante pour les royalistes...»
Et, s'échauffant dans son harnois, elle finit par déclarer le livre atroce et son auteur pendable. Quant aux lecteurs bénévoles, ils lui paraissaient également odieux.
Je vis que Rainulphe m'avait bien renseignée. Les folies étaient encore grandies pendant mon absence.
Je me tins pour avertie; mais mes soins pour éviter des discussions, dont je reconnaissais la complète inutilité, avec un parti où les personnalités insultantes arrivent toujours au troisième argument, furent insuffisants. Une prompte retraite était le seul moyen à employer contre les querelles. J'y avais recours toutes les fois que cela était possible, mais je ne pouvais pas toujours éviter les attaques; alors il fallait bien répondre, car, si je consentis à fuir avant l'action, mes concessions n'allaient pas au delà. Je ne prétends pas n'avoir point modifié fréquemment mes opinions, mais j'ai toujours eu le courage de celles du moment.
Ce fut bien peu de jours après mon arrivée que, causant sérieusement avec une femme d'esprit, très bonne au fond, qui voulait m'effrayer sur la tendance modérée et conciliante du ministère Richelieu, elle me dit:
«Enfin, voyez, chère amie, les sacrifices qu'on nous impose et combien cela doit exaspérer! Les Cent-Jours coûtent plus de dix-huit cents millions. Eh bien, que nous a-t-on donné pour tout cela, et encore avec quelle peine? la tête de deux hommes.»
Je fis un mouvement en arrière.
«Ma chère, réfléchissez à ce que vous venez de dire; vous en aurez horreur vous-même, j'en suis sûre.»