On était en pleine négociation pour l'emprunt et pour la réduction de l'armée d'occupation. Pour réussir, il fallait maintenir la bonne humeur du duc et on redoutait l'effet que cette brochure allait produire sur lui. Le duc de Richelieu était consterné; monsieur Decazes partageait son inquiétude. Il avait la brochure dans sa poche; il en montra quelques phrases à Pozzo: elles lui parurent bien violentes.

«Cependant, dit-il, si le duc n'en a pas encore entendu parler, nous nous en tirerons.»

Après s'être fait attendre une heure, suivant son usage, le duc arriva avec son sourire impassible sur son ci-devant beau visage, et son: «Ah! oui! Ah! oui!» au service de tout le monde; c'était signe de bonne humeur.

Pozzo me dit: «Le duc ne sait rien.»

Puis, s'adressant au duc de Richelieu qui était à côté de moi:

«Soyez tranquille; je me charge de votre affaire.»

Il s'éloigna des ministres avec une sorte d'affectation, prit l'air très grognon, dit à peine un mot pendant le dîner et eut soin de laisser remarquer sa maussaderie.

À peine le café pris, il entraîna le duc sur un canapé et lui parla avec fureur de cette affreuse brochure et de la nécessité de se réunir pour en porter les plaintes les plus amères. Il n'y avait plus moyen de supporter de pareilles insolences, etc.

Le duc, tout épouffé de cette sortie, lui demanda des détails sur la brochure. Il lui en rapporta des phrases dont il eut soin d'envenimer les expressions. Le duc s'occupa à calmer les violences de l'ambassadeur, le pria de ne faire aucune démarche sans être entendu avec lui, promit de lire la brochure et lui donna rendez-vous pour le lendemain matin.

Pozzo vint reprendre son chapeau qui se trouvait près de moi et me dit: