À la Bourse, les mêmes gens, qui se riaient de pitié quand monsieur Corvetto avait annoncé le désir de faire un emprunt et le déclaraient impossible à aucun prix, se plaignaient de n'en être pas chargés et protestaient qu'ils l'auraient pris à des termes moins onéreux, de manière que ce succès inespéré fut tellement atténué par les haines de parti qu'il n'en resta presque rien au gouvernement du Roi.
J'en fus aussi surprise que désappointée. Depuis plusieurs mois, je voyais négocier cette affaire; je l'avais sue faite et manquée plusieurs fois. J'avais suivi les craintes et les espérances de tous ces bons esprits, de tous ces cœurs patriotiques. Je savais les insomnies qu'ils avaient éprouvées, les anxiétés avec lesquelles on avait attendu un courrier de Berlin..., un assentiment de Vienne.... Je voyais l'emprunt fait à un taux supportable par des capitalistes étrangers inspirant assez de confiance aux puissances pour qu'elles consentissent à des termes de payements qui le rendaient possible. Elles nous donnaient un témoignage immédiat de leur bonne foi en retirant trente mille hommes de l'armée d'occupation. Il était présumable, dès lors, que l'évacuation complète du territoire suivrait prochainement, et la suite l'a prouvé.
C'était assurément le plus beau succès qu'une administration, placée dans une position aussi difficile, pût obtenir; mais il lui fallait interroger sa propre conscience pour en jouir, car, amis et ennemis, tout le monde l'avait si bien escompté par avance que l'effet en fut fort atténué.
Le duc de Richelieu était un des hommes qui pouvait le mieux se replier sur son noble cœur et se trouver suffisamment payé par les services qu'il rendait. Je dis lui, particulièrement, parce que la confiance inspirée par sa loyauté avait contribué plus qu'aucune autre chose au succès de la négociation; mais ses collègues avaient partagé ses veilles et ses travaux; ils méritaient une part de reconnaissance si les nations savaient en avoir quand elles souffrent.
Pour moi, qui ne me piquais pas d'autant de philosophie, je fus indignée de cette ingratitude; Pozzo en rugissait.
CHAPITRE VIII
Madame la duchesse de Berry. — La duchesse de Reggio. — Le mariage de mon frère avec mademoiselle Destillières est convenu. — Scène aux Tuileries. — Le Roi est malade. — Le Manuscrit de Sainte-Hélène. — Lectures chez mesdames de Duras et d'Escars. — Succès de cette publication apocryphe.
J'avais fait ma cour en arrivant, mais je n'avais pas vu madame la duchesse de Berry qu'un commencement de grossesse retenait chez elle. Je l'aperçus pour la première fois au bal chez le duc de Wellington; elle me parut infiniment mieux que je ne m'y attendais.
Sa taille, quoique petite, était agréable; ses bras, ses mains, son col, ses épaules d'une blancheur éclatante et d'une forme gracieuse; son teint beau et sa tête ornée d'une forêt de cheveux blond cendré admirables. Tout cela était porté par les deux plus petits pieds qu'on pût voir. Lorsqu'elle s'amusait ou qu'elle parlait et que sa physionomie s'animait, le défaut de ses yeux était peu sensible; je l'aurais à peine remarqué si je n'en avais pas été prévenue.
Son état l'empêchait de danser; mais elle se promena plusieurs fois dans le bal donnant le bras à son mari. Elle n'avait ni grâce, ni dignité.