Quoi qu'il en soit, dès la discussion de l'adresse, monsieur Thiers avait dû défendre son prédécesseur, monsieur de Montalivet, contre l'opposition de gauche pour la non-arrestation de madame la duchesse de Berry, et lui-même contre l'opposition de droite, pour son incarcération.
Monsieur Berryer, revenu de ses terreurs en voyant la longanimité si manifeste du gouvernement, fit une sortie violente sur ce que la liberté individuelle du citoyen français avait été violée en sa propre personne, sous le régime atroce de la mise en état de siège, et eut l'impudence de reprocher la détention arbitraire de madame la duchesse de Berry que le despotisme prétendait soustraire au jugement des tribunaux.
Monsieur Thiers répondit victorieusement à tous les arguments et obtint une forte majorité.
Il ne serait pas impossible, au surplus, que, dans des intérêts de parti ou dans la pensée de s'illustrer par l'éloquence d'une défense ne présentant à cette heure aucun danger pour lui, monsieur Berryer désirât sincèrement le scandale d'un procès. L'envie qu'il en témoignait, au reste, servait à en éloigner l'immense majorité des députés.
La prise d'Anvers, arrivée avant la fin de l'année, consolida le cabinet et lui donna la force dont il a vécu jusqu'au moment où lui-même s'est divisé; mais ceci appartient à l'histoire.
Je reprends ma spécialité et retourne au commérage.
L'absence de mademoiselle de Kersabiec allait laisser madame la duchesse de Berry sans dame autour d'elle. Lui en nommer d'office semblait une aggravation à sa captivité. La Reine s'en préoccupait fort lorsqu'elle reçut de la duchesse de Reggio (la maréchale Oudinot), dame d'honneur de madame la duchesse de Berry, la demande d'aller rejoindre sa princesse.
Rien ne pouvait être plus désirable. Madame de Reggio joint à beaucoup d'esprit un tact exquis des convenances, et elle aurait maintenu les formes les plus dignes autour de la princesse. Celle-ci le savait bien, aussi refusa-t-elle d'accueillir la maréchale.
Elle désigna mademoiselle de Montaigne dont la famille éleva des difficultés. Madame de Gourgue s'offrit à son tour et fut repoussée. Madame la duchesse de Berry et la comtesse Juste de Noailles, sa dame d'atour, se refusèrent mutuellement et simultanément.
On en était là de cette négociation, la Reine désirant vivement une dame sortable auprès de sa nièce sans oser s'en mêler ostensiblement et la princesse ne s'en souciant guère, lorsque je reçus une lettre de la comtesse d'Hautefort, alors chez elle en Anjou, me demandant, au nom de notre ancienne amitié, de supplier la Reine de l'envoyer à Blaye.