Je crois ne pouvoir mieux terminer ce récit que par une lettre dont l'amiral de Rigny m'a laissé prendre copie dans le temps. Je la donne tout entière pour lui conserver son caractère de franchise et de vérité.

Châtenay.—Septembre 1840.

(Copie d'une lettre écrite par le commandant de l'Actéon.)

«Actéon, rade de Toulon,
le 11 juillet 1833.

«Vous savez, sans doute, mon cher monsieur Coste, que j'ai été envoyé à Palerme; j'ai fait un rapport officiel et je n'ai pu y insérer quelques petits détails qui sont en dehors de ma mission. J'avais bien pensé à les adresser particulièrement à l'amiral; mais, dans la crainte que cette liberté lui déplût, je me suis décidé à vous les donner, en vous priant de les lui communiquer si vous le jugiez convenable.

«À mon arrivée à Palerme, j'ai recherché tout ce qui concernait l'arrivée prochaine de la duchesse de Berry. Le soir, j'ai été présenté à son frère le prince Rodolphe, lieutenant général de la Sicile, et au prince de Campoforte, ministre dirigeant.

«J'ai vu aussi plusieurs autres personnes, et enfin j'ai reconnu que cet événement faisait peu de sensation dans le pays. On y est habitué aux écarts des princes et princesses et, comme l'immoralité est dans les mœurs de tous, aucun n'est étonné qu'une altesse ait un enfant d'un père inconnu.

«J'ai dit père inconnu. En effet, le comte Hector de Lucchesi, jeune et beau garçon, est arrivé à Palerme vers le 1er juillet; il venait de Naples et de la Haye où il vivait dans l'intimité de madame du Cayla.

«La paternité et l'épouse avaient été offertes à trois ou quatre jeunes princes napolitains ou siciliens.

«Monsieur Ouvrard sut vaincre, avec ses arguments ordinaires, les scrupules du comte Hector qui a accepté le tout, ce qui lui vaut à Palerme le surnom de saint Joseph.