FONTAINEBLEAU EN 1834
J'avais été invitée au premier voyage de la Cour à Fontainebleau en 1834 et j'en conservais l'idée la plus riante.
C'était comme une oasis au milieu de ces sept années de tribulations publiques et privées qui m'ont assaillie depuis la révolution de Juillet.
L'émeute était usée; l'assassinat n'était pas né; les terreurs du choléra étaient oubliées. Le Roi se flattait d'une popularité retrempée dans l'énergie qu'il avait montrée contre les factieux armés. L'instruction du grand procès d'avril se poursuivait paisiblement, et les gens sages espéraient qu'une amnistie, suivant de près l'acte d'accusation, témoignerait à la fois de la culpabilité des accusés et de la longanimité du gouvernement sans l'exposer aux chances d'un procès qui, malgré l'habileté avec laquelle il a été conduit, n'est devenu possible que par les fautes multipliées des accusés et de leurs défenseurs, fautes qu'il était impossible de présumer et imprudent d'espérer.
Le ministère s'était récemment affaibli par la retraite du duc de Broglie. La présidence nominale du maréchal Gérard ne lui rendait pas l'ensemble qu'il avait perdu; mais messieurs Guizot, Thiers, Rigny et Duchâtel présentaient un quatuor qui promettait quelque force.
La sécurité était donc assez grande en ce moment où l'on pouvait regarder les plus violentes crises comme passées, et la situation morale des esprits contribuait à rendre le voyage projeté agréable pour tout le monde. Il devait durer dix jours; les invitations étaient divisées en trois séries. Je me trouvai faire partie de la première.
J'arrivai le lendemain du jour où la famille royale, se rendant à Fontainebleau, avait bien voulu s'arrêter à Châtenay et me renouveler de vive voix l'invitation officielle qui m'était parvenue.
C'était au commencement d'octobre; il faisait un temps magnifique qui dura tout le voyage.
On me mena dans un très joli appartement, arrangé avec un soin minutieux pour l'agrément et la commodité. Un feu énorme réchauffait la chambre et le salon qui la précédait; et, cinq minutes après mon arrivée, un valet de chambre entra, portant un plateau couvert de fruits, de gâteaux, de carafes de vin et d'eau à la glace.
Je ne fis point honneur à ces courtoisies, et, sortant de chez moi, pendant qu'on y préparait mon établissement, j'allai faire des visites dans le château.