Les gens de son intimité savaient sa conduite assez désordonnée, mais, soit qu'on fût porté à l'indulgence envers elle, par l'injuste réprobation qu'inspiraient les vertus un peu austères de madame la Dauphine, soit que le secret fût passablement gardé, on n'en glosait guère et madame la duchesse de Berry était très populaire.

Il se disait bien, à l'oreille, qu'une certaine attaque de goutte, suivie d'une réclusion de plusieurs semaines à Rosny, avait eu pour motif la naissance d'un enfant à cacher; mais, en général, on croyait ces rapports calomnieux et, pour mon compte, j'y étais complètement incrédule.

Madame la duchesse de Berry s'est toujours montrée fort courageuse. Elle aimait et recherchait le danger souvent jusqu'à la témérité, s'aventurait à nager dans la mer lorsque la vague était assez grosse pour effrayer les matelots eux-mêmes, préférait monter les chevaux les plus fougueux, passer par les chemins les plus difficiles, affronter enfin tous les obstacles qui, ordinairement, font reculer les femmes.

Aussi incliné-je à croire, et on me l'a affirmé, que le vendredi 30 juillet 1830, elle eut la pensée d'enlever son fils de Saint-Cloud et de l'apporter, dans ses bras, à l'Hôtel de Ville de Paris pour le confier à la protection de l'assemblée tumultueuse qui s'était arrogé le droit de parler au nom de la ville et même du pays.

Ce coup de tête aurait certainement beaucoup embarrassé les factieux, et il est impossible de dire aujourd'hui quel eût été le résultat d'une semblable marque de confiance donnée à la population. Mais le roi Charles X et monsieur le Dauphin en eurent quelque soupçon et firent garder à vue la mère et l'enfant.

J'ai déjà raconté comment, trois jours plus tard, d'autres personnes songèrent à remettre monsieur le duc de Bordeaux aux mains de monsieur le duc d'Orléans, lieutenant général du royaume, et comment cette proposition fut accueillie à Rambouillet.

Madame la duchesse de Berry s'y opposa avec emportement, car, cette fois, elle ne devait jouer aucun rôle personnel, mais s'éloigner avec le reste de la famille. Cela n'entrait plus dans ses projets.

J'ai aussi déjà dit sa folle satisfaction des ordonnances et son puéril entrain de cette bataille des trois journées où la monarchie était en jeu. Lorsque le sort en eut fatalement décidé, la princesse ajouta à ces erreurs de jugement des actions niaisement ridicules.

Vêtue d'un costume masculin et armée d'un pistolet qu'elle tirait à tout instant, elle prétendait se montrer aux troupes dans cet équipage. C'est pendant la courte halte de Trianon qu'elle accomplit cette mascarade.

J'ai entendu raconter au duc de Maillé, premier gentilhomme de la chambre, que, dans cette bagarre de Trianon, il se trouvait seul auprès du Roi, dans une pièce où Charles X s'était réfugié.