—Je comprends, répondis-je, qu'il croit la partie perdue encore bien plus que nous.

—Mon Dieu, si le Roi voulait, pourtant, il y a encore de grandes ressources.

—Oui, mais, hélas! il ne voudra pas.

—Mais qu'arrivera-t-il alors?

—Qui peut le prévoir? beaucoup de malheurs sans doute!

—Et pensez donc s'il y a une guerre civile! et monsieur le duc de Chartres qui sert dans l'armée! que fera-t-il? C'est à tourner la tête!»

Notre causerie se prolongea. Madame la duchesse d'Orléans ne rentrait pas; l'heure avançait. Je chargeai madame de Montjoie de mes hommages respectueux et je revins à Paris.

Rien n'y annonçait, dans le quartier que je traversai, le tumulte de la soirée. Peut-être les rues étaient-elles moins populeuses que de coutume. Il y avait eu, me dit-on, du bruit à la porte Saint-Martin, et des groupes dans divers autres quartiers. Nous étions si persuadés que ce n'était pas là le genre de résistance à craindre que j'y attachai peu d'importance.

Aucun des ouvriers travaillant chez moi n'était revenu depuis l'heure du dîner. Un carrossier, un maréchal, un serrurier, logeant vis-à-vis de chez moi, étaient également privés de leurs ouvriers depuis trois heures. C'est la première chose qui me donna à penser.

Bientôt, chaque quart d'heure amena des révélations sur les événements si graves dont un avenir bien prochain était gros. Les mêmes personnes, qui s'étaient réunies la veille chez moi, arrivèrent successivement, et toutes apportaient des nouvelles prenant un caractère de plus en plus alarmant.