Une fois sa décision prise, Deutz lui-même avait signalé les moyens nécessaires à la réussite de son iniquité, et le plan était si bien ourdi que monsieur Thiers ne formait aucun doute du succès. Son monde était en route.
Nous écoutâmes ces détails avec une grande tristesse.
«Et si vous avez le malheur de la prendre, qu'en ferez-vous? lui dis-je.
—Si j'ai le bonheur de la prendre, on avisera, répondit-il en souriant.
—Comptez-vous la mettre en jugement?
—Assurément non, répliqua-t-il vivement.
—Cela ne vous sera pas facile à éviter, reprit monsieur Pasquier; la cour de Poitiers l'a déjà mise en accusation; les tribunaux n'admettent pas les considérations politiques, et, si elle est détenue deux jours à Nantes, elle y sera écrouée par la cour de Rennes.
—J'ai prévu ce danger. Il n'y a pas de justice en pleine mer, Molière l'a dit, et on l'embarquera sur le champ.
—Dieu soit loué! m'écriai-je, et on la conduira à Hambourg ou à Trieste (Depuis l'arrestation du Carlo Alberto, la famille royale exilée avait quitté l'Écosse pour la Bohême).
—Cet abus de générosité n'est plus possible, on ne tarderait guère à l'y suivre soi-même. Voici mes projets: vous savez les réclamations faites par les ministres de Charles X et leurs amis sur l'insalubrité du château de Ham; ces cris avaient donné la pensée de les transférer à Blaye. Dès qu'ils en ont eu vent, comme cet éloignement leur déplaisait fort, Ham est devenu un séjour parfaitement sain; mais on n'a pas révoqué les ordres antécédents pour préparer des appartements au château de Blaye; ils sont en bon état, et demain le télégraphe donnera l'avis de les meubler.