Mais tout le quartier, circonscrit par quatre rues, était strictement gardé; personne n'en pouvait sortir sans être soigneusement examiné. Il faudrait bien que la princesse, dont la présence était constatée en ce lieu, finît par être prise.
Telle était la première dépêche, écrite par monsieur Maurice. Duval en quittant le domicile de mademoiselle du Guigny, où il avait passé une grande partie de la nuit. Au moment de la cacheter, il ajoutait: «On vient me chercher. J'ai la satisfaction de vous annoncer que la duchesse est arrêtée; j'expédie mon courrier et je me rends auprès d'elle.»
Le second rapport, parvenu le soir même où monsieur Thiers nous en parlait, contenait les détails suivants:
En s'éloignant, pour prendre un peu de repos, les chefs avaient distribué des gardiens dans toute la maison. Deux gendarmes, postés dans une petite pièce dont la lucarne ouvrait sur le toit et souffrant d'un froid très vif, s'avisèrent d'une cheminée placée dans l'encoignure.
La chambre était remplie der vieux journaux et surtout d'une énorme liasse de numéros de la Mode, mauvaise publication protégée et payée par madame la duchesse de Berry. Ils pensèrent à les utiliser en s'en chauffant, les empilèrent dans la cheminée et y mirent le feu.
Peu de minutes après, tandis qu'accroupis devant le foyer ils dégelaient leurs doigts, ils crurent entendre un bruit insolite derrière la plaque. Bientôt, on y frappa à coups redoublés. Ils appelèrent leurs officiers; on se hâta de retirer les papiers enflammés, et la plaque, cédant aux efforts mutuels des assiégeants et des assiégés, tourna sur ses gonds.
«Cessez vos recherches, je suis la duchesse de Berry,» dit une femme en sortant sans assistance de la cheminée, et en s'asseyant très calmement sur une chaise, tandis qu'on s'empressait à aider une seconde femme et deux hommes à se retirer, presque étouffés, de leur retraite brûlante.
C'étaient une demoiselle de Kersabiec (vendéenne passionnée qui, depuis quatre mois, s'était mise à la suite de la princesse), le comte de Mesnard et monsieur Guibourg, l'avocat, qui prenait le titre de chancelier de la Régente.
Un agent de police, accourant en toute hâte, voulut verbaliser au sujet de madame la duchesse de Berry. Elle ne lui répondit qu'en disant: «Faites venir le général qui commande; je ne parlerai qu'à lui.»
Elle demanda un verre d'eau et remercia poliment le gendarme qui le lui apporta. Pas une plainte, pas un mot des souffrances où elle venait d'être exposée ne lui échappa. Ses compagnons de détresse, en revanche, ne les laissaient pas ignorer. Les cheveux de la princesse roussis, sa figure, ses mains toutes noires de fumée, un pan de sa robe brûlé, témoignaient seuls qu'elle avait partagé cette torture, car elle paraissait dans son assiette ordinaire.