—Comme c'est mal ce que tu dis, Adolphe! François m'a consolé, m'a encouragé; et toi, qui es mon frère et qui devrais me plaindre, tu ne trouves rien à dire pour me consoler de ce grand malheur.
ADOLPHE
—François a pleuré avec toi parce qu'il est bossu, lui; mais moi, que veux-tu que je fasse, que je dise?
MAURICE
—Adolphe. Laisse-moi seul, je t'en prie; ton indifférence me peine; elle m'afflige pour toi.
ADOLPHE
—Pour moi? tu es bien bon! Je suis très fâché de ce qui t'arrive, mais quant à pleurer et en mourir de chagrin, je laisse cette satisfaction au sensible François. Adieu, je sors avec papa; nous allons t'acheter quelque chose pour te consoler; nous serons de retour dans une heure.
Adolphe sortit. Maurice joignit les mains avec un geste de désespoir et gémit tout haut sur l'insensibilité de son frère; il en fit la comparaison avec François, et il se demanda d'où pouvait venir cette différence. Il crut comprendre qu'elle provenait de l'éducation différente qu'ils avaient reçue: Adolphe et lui, élevés légèrement, sans religion, sans principes, ne vivant que pour le plaisir et la dissipation; François, élevé pieusement, sérieusement, quoique gaiement, pratiquant la religion et la charité, s'oubliant pour les autres et faisant passer le devoir avant le plaisir. «Il faut que j'en parle à François, se dit-il, et si j'ai deviné juste, je changerai de manière de penser et de vivre, et je crois que j'en serai plus heureux.»