MADAME DES ORMES
—Est-ce que tu peux savoir ton âge mieux que moi? Je te dis que tu as huit ans, et je te défends de dire le contraire. Puisque j'ai à peine vingt-trois ans, tu ne peux avoir plus de huit ans.
Personne ne répondit; elle mentait et se rajeunissait de dix ans, car elle s'était mariée à vingt-deux ans, et Christine était née un an après son mariage.
—Monsieur de Nancé, continua-t-elle, je vous remercie d'avoir gardé Christine si longtemps; elle a dû bien vous ennuyer.
M. DE NANCÉ
—Au contraire, Madame, elle nous a fait passer un hiver et un printemps fort agréables.
MADAME DES ORMES
—En vérité! Mais... alors,... si vous vouliez la garder jusqu'au retour de mon mari? J'ai tant à faire, tant à arranger dans ce château! J'ai tout justement besoin de l'appartement de Christine, car j'attends beaucoup de monde. Je serais obligée de la mettre dans les mansardes, et la pauvre petite serait très mal. Et puis elle s'ennuierait à mourir, car je ne peux la laisser descendre au salon quand j'ai quelqu'un! Elle est trop grande pour..., pour perdre son temps. Vous me la rendrez quand je serai seule.
M. DE NANCÉ
—Donnez-la moi, Madame, quand vous voudrez et le plus que vous pourrez; mon fils et moi, nous sommes heureux de l'avoir.