—Je crains que ce ne soit mal de ma part, papa; c'est vrai que je ne l'aime pas. Et pourtant il me fait pitié, je le plains; mais je n'aime pas à le voir.

M. DE NANCÉ

—Et pourtant tu y vas de plus en plus, mon ami.

FRANÇOIS

—Parce que je l'aime de moins en moins; et c'est pour me punir de ce mauvais sentiment, que je fais plus pour lui que si je l'aimais.

M. DE NANCÉ

--Tu ne peux faire ni plus ni mieux, mon ami, car tu agis par charité; tu fais donc plus et mieux que si tu agissais par amitié... Sois bien tranquille, et, quand il sera ici, continue à lui laisser croire que tu es son ami. Le bon Dieu te récompensera de ce grand acte de charité.

CHRISTINE

—Mon père, vous avez raison de dire grand acte de charité, parce que c'est bien difficile d'être avec les gens qu'on n'aime pas, comme si on les aimait.

L'arrivée de Paolo interrompit leur conversation, que François reprit avec son père avant de se coucher. Ils dirent beaucoup de choses que nous n'avons pas besoin de savoir, et dont le résultat fut pour François une tranquillité de coeur complète, un redoublement de tendresse pour Christine et de compassion pour Maurice, qu'il résolut de traiter plus amicalement encore que par le passé.