—Viens, ma pauvre enfant; viens! C'est affreux de t'avoir enfermée dans cette prison; tu vas venir chez moi.
CHRISTINE
—Je vous remercie, ma bonne tante; ce n'est pas le couvent qui fait couler mes larmes; j'y suis aussi heureuse que je puis l'être, séparée de ceux que j'aime tendrement, passionnément, de ceux qui m'ont recueillie, élevée, aimée, rendue si heureuse pendant huit ans! C'est M. de Nancé qui m'a placée ici, et j'y resterai tant qu'il désirera que j'y reste. Je pleure leur absence; loin de mon père et de mon frère, il n'y a pour moi que tristesse et isolement.
MADAME DE CÉMIANE
—Tu ne nous aimes donc plus, Christine?
CHRISTINE
—Je vous aime et vous aimerai toujours, mais pas de même; je ne puis exprimer ce que je sens; mais ce n'est pas la même chose; je puis vivre sans vous, je ne me sens pas la force de vivre loin d'eux.
MADAME DE CÉMIANE
—Oui, je comprends; tes lettres à Gabrielle étaient pleines de tendresse pour M. de Nancé et pour François. Comment est-il, ce bon petit François?
CHRISTINE, vivement.