—Mais tu ne pourras même pas avoir du monde chez toi.
CHRISTINE
—Je n'ai besoin de personne que de François et de mon père; toi, Bernard et tes parents, vous ne comptez pas comme monde, et je vous verrai sans craindre les moqueries pour mon pauvre François.
GABRIELLE
—Enfin, je ne sais, mais un mari infirme est toujours ridicule; tu ne pourras seulement pas lui donner le bras; il a un pied de moins que toi.
CHRISTINE
—S'il est ridicule aux yeux du monde, c'est pour moi une raison de l'aimer davantage, de me dévouer à lui et à mon père pour leur témoigner ma vive reconnaisance de tout ce qu'ils ont fait pour moi; et, quant au bras, je sais marcher seule; je déteste de donner le bras.
GABRIELLE
—Alors tout est pour le mieux; mais je n'envie pas ton bonheur.
Le dîner vint interrompre la conversation des deux cousines; les domestiques restés au château avaient fait la grosse besogne, les chambres, les lits, etc. Le cocher reçut l'ordre de se trouver le lendemain à l'heure voulue au chemin de fer, et Christine retourna chez sa tante, heureuse et joyeuse de l'attente du lendemain; elle s'attendait peu à la surprise qu'elle devait éprouver.