JEAN.

Très volontiers, mademoiselle.»

Il courut à Yvone, qui accepta avec plaisir un danseur si bien habillé; toutes les demoiselles envièrent le bonheur des deux soeurs.

«Aimée et Yvone ont toujours de la chance, dit une grosse laide fille rousse qui dansait peu en général, et qui avait une robe en crêpe rose fanée, sur un jupon en percale blanche plus court que la robe.

—C'est qu'elles sont les filles de la maison, dit Mlle Clorinde (robe de mousseline blanche, corsage en pointe, bouquet piqué au bas de la pointe, qui la gênait pour s'asseoir); c'est par politesse qu'on les invite.

—C'est plutôt parce qu'elles sont bonnes et aimables», dit une troisième, petite blonde de dix ans.

Les salons se remplissaient; toutes les industries y étaient représentées: fumistes, bouchers, serruriers, épiciers, fleurs artificielles, papetiers, modistes, lingères, cordonniers, etc. Les toilettes étaient, les unes simples et jolies, les autres recherchées, fanées, prétentieuses; des turbans, des bouquets de plumes, de fleurs, des étoffes fanées, riches, des couleurs éclatantes, tranchaient sur des visages jeunes, frais ou vieux, ridés et plus fanés que leurs robes et leurs coiffures. La musique se faisait entendre, les danses commencèrent; dans les intervalles des contredanses, on courait aux rafraîchissements. Jean et les plus jeunes danseurs virent avec une vive satisfaction l'abondance des gâteaux, des sirops, des fruits glacés. Jean avait bien dit; c'était, croyait-il, genre haut commerce, grand genre. La musique se composait d'un violon, d'une clarinette et d'un piano. M. Abel arriva à dix heures, comme il l'avait annoncé; Simon le présenta à M. et à Mme Amédée et aux jeunes personnes. Patronné par un aussi élégant danseur, M. Abel eut le plus grand succès. Ses habits étaient aussi beaux que ceux de Simon, faits sur le même modèle; il semblait qu'ils fussent de la même fabrique. Simon recommanda M. Abel aux soins tout particuliers de Mlle Aimée et de Mlle Yvone. Abel dansa avec l'une et avec l'autre, puis encore avec Mlle Aimée, à laquelle il fit un éloge éloquent et touchant de son ami Simon; Mlle Aimée trouva que M. Abel était un homme charmant.

«Et puis si bien habillé! Tout semblable à Simon; ce qui indique, dit-elle à ses amies, que ce sont des hommes d'ordre et de bon goût.»

M. Abel causa beaucoup avec M. et Mme Amédée, qui l'écoutaient avec un intérêt visible. Le bal languissait; on mangeait plus qu'on ne dansait. M. Abel communiqua cette observation aux danseurs et leur proposa d'animer la soirée.