Vous promettez, messieurs, de garder le silence jusqu'après l'exécution de mon divertissement.

—Nous le promettons, nous le jurons, répondirent les jeunes gens en étendant leurs mains.

M. ABEL.

C'est bon. Nous allons exécuter l'Enlèvement des Sabines, figure très à la mode et du plus grand genre. Vous choisissez votre danseuse; la contredanse commence; vous faites comme si de rien n'était; au dernier chassé-croisé, je fais Hop. Chacun de nous saisit immédiatement une des danseuses et lui fait faire, de gré ou de force, un tour de valse. Le dernier arrivé à sa place paye un punch aux autres danseurs.

UN DANSEUR.

Mais si la demoiselle ne sait pas valser?

M. ABEL.

Tant pis pour le valseur; il faut qu'il la fasse tourner tant bien que mal, jusqu'à ce qu'il lui ait fait faire le tour du salon. Rentrons et soyons discrets. Rappelez-vous bien que, quoi qu'il arrive, qu'on crie, qu'on résiste, il faut avoir fait en valsant un tour du salon pour avoir droit au punch, et que le dernier arrivé paye le punch.»

On rentra au salon; chacun des jeunes gens espérait prendre part au punch; aucun ne croyait avoir à le payer. Ils firent leurs invitations. Il y avait plus de danseurs que de gentilles danseuses, de sorte que les laides furent engagées aussi bien que les jolies. Jeannot trouva toutes les demoiselles déjà retenues; il ne restait que la grosse rousse; Jeannot l'engagea.

«Qu'importe, se dit-il, aussitôt le signal donné, je prendrai une des demoiselles minces et légères; je laisserai ma grosse rousse à celui qui aura la force de la faire tourner.»