JEAN.
Oui; et je donnerai les quatre francs qui restent, mon pauvre Jeannot.»
Jeannot fouilla dans son gousset, en retira son argent, compta et remit quatre francs à Jean, oubliant de le remercier de sa générosité; M. Abel, indigné et voulant punir Jeannot de sa tromperie et de son avidité, avança la main, la passa dans la poche de l'habit de Jeannot sans qu'il le sentît, occupé qu'il était par le punch, et en retira la pièce d'or qu'il l'avait vu remettre dans cette poche.
Puis, voyant Jeannot et Jean remonter avec leur punch, il sortit en disant:
«Je n'ai plus rien à faire ici; j'ai vu la petite Aimée; je lui ai fait de Simon un éloge qu'elle n'oubliera pas. J'ai recommencé avec la mère; j'ai glissé au père que Simon avait déjà trois mille francs de placés... et ils le sont, ajouta-t-il en souriant, et en son nom... Cette petite est gentille; elle paraît bonne, douce, bien élevée. Il faut qu'elle soit Mme Simon Dutec.... Jeannot est un fripon, un gueux, un gredin. Faire payer quatre francs à ce pauvre Jean, quand je lui en avais donné vingt. Coquin!...»
En disant tout haut ce mot qui fit retourner quelques passants, M. Abel hâta le pas et ne tarda pas à arriver à son hôtel Meurice.
XV
FRIPONNERIE DE JEANNOT
Tous les matins M. Abel quittait l'hôtel, faisait une promenade à son atelier tout près de là, déjeunait au café Métis, retournait à son atelier, y restait jusqu'à la chute du jour, y recevait beaucoup d'amis, dînait en ville et allait à un cercle ou dans le monde; jamais il ne rentrait plus tard que minuit. Il travaillait à quatre tableaux de chevalet qui devaient figurer à l'Exposition; l'un devait être au livret sous le titre d'une Soirée d'épicier; l'autre, la Leçon de danse; le troisième, les Habits neufs; le quatrième, une Contredanse. Ses amis admiraient beaucoup ces quatre petits tableaux; aucun n'était fini, mais tous étaient en train et assez avancés.