JEANNOT.

Non, monsieur, personne n'a eu pitié de moi et personne ne m'a rien donné. D'ailleurs, vous n'étiez pas là dans ce moment, et vous n'avez rien pu voir, par conséquent.

M. ABEL.

Puisque tu m'obliges à parler, je dis que j'étais si bien près de toi, que c'est moi qui ai glissé cette pièce d'or dans ta main en te disant tout bas: «Pour payer le punch»; et si tu n'as plus retrouvé ces vingt francs, c'est que je les avais moi même retirés de ta poche quand tu as eu l'indignité de faire payer quatre francs à ce pauvre Jean, auquel tu as fait accroire que tu n'avais pas assez d'argent. J'étais dans un coin obscur, au bas de l'escalier, et j'ai tout entendu.»

M. Abel se tut. Jeannot était consterné; il tremblait de tous ses membres. Jean le regardait avec surprise et chagrin. Indigné d'une si basse supercherie, il avait peine à y croire. Simon s'efforçait de maîtriser sa colère; il aimait tendrement son frère, et il ne pouvait supporter que l'on se jouât de sa bonté, de sa générosité. Personne ne parlait.

M. ABEL.

Hors d'ici, vil imposteur! Va-t'en, et ne te trouve plus sur mon chemin.»

Jeannot hésitait; M. Abel le saisit par l'oreille, le traîna jusqu'à la porte, et le mit dehors d'un coup de pied.

«Effronté coquin! misérable!» dit M. Abel en rentrant tout ému et en se mettant à table.